L’ouvrage collectif Shadow banking a été conçu et rédigé par des théoriciens et des praticiens parmi les plus reconnus de la finance moderne, sous la direction des professeurs C. Mellios et J-J. Pluchart (Université Paris I), dans le cadre d’une coopération entre le Laboratoire d’Excellence « Régulation Financière » (Labex Réfi), qui regroupe des chercheurs de l’Université Paris I, de l’ESCP Europe, du CNAM et de l’ENA, d’une part, et d’autre part, le Cercle Turgot. Ce dernier est un think tank qui réunit des personnalités de la finance et décerne chaque année le prix Turgot du meilleur livre francophone de finance.
Les encours relevant de la « banque de l’ombre » sont estimés au début de 2015, à plus de 80 trillions $, soit un montant supérieur au PIB consolidé mondial. Ils recouvrent des fonds d’investissement alternatifs, dont la disparité rend la régulation d’autant plus délicate : capital-investissement/private equity, fonds de placement, fonds d’investissement, fonds monétaires non cotés, crédit coopératif, crédit inter-entreprises... Ils répondent à des besoins spécifiques de financement et de couverture des risques de l’économie réelle, mais leurs activités, souvent liées à celles des banques conventionnelles, sont porteuses de risques systémiques.
Sept années après l’éclatement de la crise des subprimes, les auteurs s’efforcent de répondre aux principales questions soulevées par le phénomène de la finance parallèle : quelle est sa dimension réelle ? Quelles raisons expliquent son expansion accélérée ? Quels rôles économiques précis exerce-t-il ? Comment a-t-il favorisé la propagation des risques systémiques ? Les auteurs observent que les systèmes financiers réglementés et non réglementés traversent une phase de profonde mutation. Ils montrent que l'univers de la finance parallèle est en expansion rapide sous les effets conjugués de l'innovation financière et de la montée des besoins de financement au moindre risque de l'économie réelle. Ils conviennent que l'expansion de ce nouvel écosystème de la finance n'en est qu'à ses débuts et que sa maturation devrait être longue et difficile. Ils s'accordent à reconnaître que les problématiques soulevées par la propagation de la finance parallèle varient en fonction des structures, des processus et des cultures propres aux systèmes financiers anglo-saxons - dominés par la finance de marché -, aux systèmes des pays de la zone euro - principalement financés par du crédit bancaire - et aux systèmes hybrides (intermédiés et désintermédiés) des BRIC et des pays émergents. Les auteurs analysent les risques de dérives et les externalités potentielles de ces systèmes, ainsi que les risques systémiques de leurs contagions à la finance réglementée. Ils constatent que les voies d'extension au shadow banking de la régulation bancaire conventionnelle sont étroites et multiples, et qu'une régulation inappropriée serait préjudiciable à l'ensemble du système financier. Leurs analyses et leurs propositions appréhendent les dimensions économique, mais aussi sociale et psychologique de ces effets. La valeur ajoutée de leurs contributions, par rapport aux nombreux rapports officiels (notamment du FSB et du FMI) sur le sujet, réside dans l’originalité de leurs hypothèses, dans l'audace de leurs conclusions et dans la vivacité de leur style.