Vie & Sciences de l'Entreprise N° 205

« La réussite est une alchimie complexe »

Ce livre vigoureux se donne pour objectif la reconquête de la responsabilité sociale des entreprises en déconstruisant le mythe de la startup. Les auteurs montrent que l’esprit entrepreneurial frétille de partout et que la nouvelle économie de l’innovation n’en est qu’à son balbutiement. L’individualisme, c’est sur cette base que le mythe de la startup va se construire. Les trois parties structurant l’ouvrage portent sur le fonctionnement du financement de la startup, le diagnostic charpenté et illustré des enjeux et de l’actuel écosystème ainsi que sur les axes de refondation au profit des écosystèmes d’innovation. Le concept de startup est en réalité une construction hybride à la complexité ébouriffante, dont l’écosystème n’a pas encore atteint son plein potentiel. Pour y parvenir, valeurs et vertus sont indispensables. Les concepts de « profitabilité intégrale », de « convivance », « d’économie positive » et « d’économie quaternaire » développés par les auteurs sont des idées forces en ces périodes troublées. Cet ouvrage présente des solutions constructives, précédées des enjeux et faiblesses des startups et les raisons pour lesquelles tant d’entre elles n’atteignent que très rarement la phase d’amorçage.

Nicolas Menet est diplômé en sciences humaines et gestion publique ainsi que Directeur Général de l’écosystème d’innovation francilien Silver Valey. Benjamin Zimmer, Docteur en sciences et diplômé de l’Ecole Centrale Supélec, est directeur de Silver Alliance, associé de la startup HyB’RID et engagé dans le projet Echologia.

C’est un fait établi, une « tendance lourde » comme disent les spécialistes, les économistes s’engagent dans une pédagogie nouvelle, accessible au plus grand nombre et dépoussiérée des oripeaux chers aux experts et autres cercles de praticiens, souvent rendue inintelligible par excès de mathématisation du langage et d’anglicisme. Enfin ! pourrions-nous dire… car les ravages de l’inculture économique, grand fléau national, s’avèrent chaque jour un peu plus comme le blocage culturel et structurel de notre société, face à la nécessité pressante de s’adapter aux changements qu’appelle « le nouveau monde ». Car pour accepter la « transformation » il faut en comprendre l’enjeu et partager le sens de l’action…. On en est loin. Par bonheur, Jérôme MATHIS s’inscrit dans ce mouvement, ouvert par nombre de ses collègues, de Nicolas BOUZOU, lauréat du Prix Turgot avec son « Petit précis de l’Economie chez Eyrolles » qui lui donnât sa notoriété précoce, en passant par Assen SLIM, Pierre BENTATA ou Sylvain BERSINGER entre autres. Aussi ce petit opuscule, annoncé par l’auteur comme le tome 1 d’une série, s’est fort opportunément fixé comme objectif (défi ?) de « rendre l’économie passionnante » et comme le note Jean TIROLE (qui ne boude en rien son plaisir de lecture) « sans sacrifier la rigueur et la réflexion ».

Cette approche est d’autant plus méritoire que la finance occupe une place « quasi lugubre » dans l’économie, vilipendée et honnie par les uns et aussi tellement enviée par d’autres « même si cela est moins avouable ». La finance reste pourtant au cœur de nos vies, elle est le système circulatoire de cette science (plus humaine qu’exacte), l’économie. Voilà pourquoi, quoi qu’en pensent les grincheux et autres insoumis, elle a su résister aux attaques les plus archaïques et dogmatiques, politiques, médiatiques et de l’opinion, pour rester incontournable. En homme d’expérience, l’auteur rappelle « …la finance bouleverse continuellement le monde…elle nourrit la croissance, est source de progrès mais reste suspecte de creuser les inégalités et de détruire la planète. Indiscutablement elle modifie la place de l’homme dans la société et est entrain de façonner le XXIème siècle… ». Il analyse dans ce premier tome l’influence de l’argent sur notre société et nos comportements, s’interrogeant sur la course au profit, à son rapport avec l’accès aux médicaments, à l’innovation, au progrès ainsi qu’aux aspects sociaux et sociétaux avec une question centrale, celle de la dictature ou non de l’argent et son lien avec le bien commun. A travers de nombreux exemples concrets et documentés, Jérôme MATHIS propose des éléments de réponse originaux aux interrogations de nombreux acteurs sur ce rapport unique et tabou des français, à l’argent et à l’enrichissement, et sur cette particularité culturelle nationale qui va jusqu’à perturber notre relation aux autres. Il reste toutefois de nombreux points à développer (comme les crypto monnaies), ce sera sans doute le lot du second tome que l’on ne peut qu’attendre avec impatience.

Mickaël Mangot, lauréat (2005) du Prix Turgot du Meilleur livre d’Economie financière, appartient à cette nouvelle génération d’économistes (et de praticiens) qui considère que la science économique quelquefois « lugubre » se doit de résister à sa tentation du repli sur soi.

En effet en s’ouvrant largement aux disciplines dont elle reste indissociable (l’histoire, les sciences sociales, la psychologie…), elle peut mieux embrasser les grands sujets des débats contemporains, le travail en est un. Ainsi dans sa nouvelle parution, l’auteur porte un regard sur le travail qui intègre à la fois les révolutions sociétales majeures (mondialisation, ubérisation, robotisation) mais aussi les aspirations inédites des nouvelles générations (le sens, l’autonomie, la réalisation de soi). Le travail « …peut autant asservir que libérer… ». Cette nouvelle discipline, l’économie du bonheur dont l’auteur s’affirme comme l’un des grands spécialistes nationaux, s’attache précisément, par-delà les théories, et grâce à de nouveaux outils d’analyse, à mieux comprendre l’impact du travail sur notre vie avec pour finalité de lui redonner une « juste place ». En cinq chapitres particulièrement documentés, l’auteur invite son lecteur à se poser les vraies questions : « …le travail et vous, vous et votre emploi, votre emploi au crible, votre travail demain, votre travail face à vos décisions… ».

Ainsi peut-il faire comprendre que derrière la place du travail dans la vie, par-delà le bonheur auquel il contribue ou non, se dissimule en réalité notre propre recherche du sens de notre vie, autrement dit un art de vivre au travail à la française…. Et ce n’est qu’en fonction d’une claire vision de nos propres exigences (être heureux, vivre des expériences, progresser vers l’épanouissement, être utile) que le travail « peut être une aide ou un obstacle à ces différentes quêtes ». Reste que si par nature l’économie n’est pas une science gaie et qu’elle reste souvent terne puisqu’elle tend toujours de justifier l’impossible et seulement à partir de considérations théoriques, gageons que « l’économie du bonheur » peut, peut-être, aider à démontrer que les économistes ne sont pas que de simples adeptes d’une science lugubre mais des esprits ouverts à l’analyse de l’influence des décisions économiques sur la vie des hommes et leur bonheur. Quelques éléments de réponse à travers cet ouvrage à la fois très sérieux et innovant pour entrevoir « ….le bout de la forêt qui se cache derrière le « boulot »…. ».

L’auteur est Docteur en Economie, dirige l’Institut de l’économie du bonheur, enseigne à l’ESSEC et à AgroParisTech.

Cet ouvrage, préfacé par Pascal BONIFACE, se donne pour but de décrire le phénomène dit de « l'argent sale », de façon précise et concrète, d'en quantifier les différentes catégories et d'en montrer non seulement les mécanismes de fonctionnement et leurs circuits mais aussi les implications économiques, sociales et politiques. Les auteurs abordent leur sujet de façon holistique et dans une perspective de temps long, afin de dépasser le simple registre émotionnel que suscite chaque nouveau « scandale » révélé par l'actualité. S'il faut lutter contre « l'argent sale », quelles qu'en soient les manifestations, ce n'est pas uniquement pour des raisons morales : c'est surtout parce qu'il constitue une menace majeure, à la fois à l'encontre de la démocratie et du système économique. Aller au-delà de l'anecdote et des idées-reçues doit permettre à la société civile de comprendre les enjeux réels, de ne pas céder au fatalisme et de combattre au quotidien « l'argent sale ». Une fois placé sous la pression de l'opinion publique, les Etats sont alors incités à agir à leur niveau pour réduire progressivement le seuil de tolérance face à différentes pratiques plus ou moins occultes ou institutionnalisées. Plusieurs exemples sont cités, en France ou ailleurs dans le monde, pour illustrer les progrès déjà constatés.

Sylvie Matelly et Carole Gomez, économistes et chercheuses à l'IRIS, travaillent sur les relations internationales, les dépenses militaires, le sport et les phénomènes de corruption.

L'expérience-client est désormais au cœur du management des entreprises. Elle recouvre notamment les collectes de données, par des algorithmes de plus en plus puissants, sur les clients et les prospects dans des bases ouvertes ou fermées et sur les réseaux sociaux. Elle n’est pas qu’un concept et un outil de marketing ; elle est également un modèle économique. Elle influence la stratégie, l’organisation et le mode de fonctionnement des entreprises. L’efficience de leur gestion dépend directement de leur expérience-client, du design thinking, du lean six sigma... Ces pratiques reposent sur une connaissance approfondie de l’écosystème d’affaires et sur une maîtrise des nouvelles technologies numériques, des processus design et du supply chain management. L’ouvrage présente les différents systèmes contribuant à développer l’expérience-client et les illustrent de nombreux exemples (H&M, Starbucks, Ricard, Baccarat, Lego…). Il contribue à redécouvrir un concept ancien exhumé par la révolution digitale.

Isabelle Macquart (diplômée de l’École Normale et de l’École Centrale de Paris) est une spécialiste des modèles d’affaires et de l’innovation. Christophe Chaptal De Chanteloup (diplômé de l'École Supérieure de Design Industriel et de l’INSEAD) est un professionnel du design, de la stratégie et des médias.