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Vie et Sciences de l'entreprise N°205 - Notes de lecture

Jouer sa peau. Asymétries cachées dans la vie quotidienne, Les belles lettres, 377 pages

Après avoir révélé l’importance des événements hautement improbables dans la finance de marché (« le cygne noir ») et dans les activités économiques (« antifragile » et « les bienfaits du désordre »), l’auteur soulève la problématique de la prise de risque (« jouer sa peau ») dans la vie publique et dans la vie personnelle. « Face au risque de ruine, les probabilités prennent tout leur sens ». Construisant une nouvelle « éthique du risque », il s’intéresse à l’économie politique, à la vie des affaires, à la religion, à l’histoire… Il soutient notamment que seule la prise de « vrais risques » - avec les bénéfices ou les pertes qui les accompagnent - est de nature à faire progresser l’économie et la société. La prise de risque est une « attitude morale ». Adoptant un discours radical, il fustige ainsi les intellectuels (« l’intellectuel est nécessairement idiot »), les journalistes et les hommes politiques… (« 3 ou 4% de la population »), qui sont « les conseilleurs et non les payeurs ». Il magnifie les entrepreneurs qui mettent chaque jour en jeu leur fortune personnelle et leur honneur. Il déplore que « la malédiction de la modernité, c’est qu’une catégorie de personnes ne cesse d’augmenter au sein de la population… plus douée pour expliquer que pour faire ». Il dénonce « l’asymétrie » selon laquelle « pile je gagne ; face vous perdez ». Il vante le code juridique babylonien qui condamne à mort le mauvais maçon. Il conseille de supprimer les assistants et les intermédiaires qui biaisent le jugement du preneur de risque. Il conclut que « jouer sa peau est surtout une question de justice et de sacrifice ».

Nassim Nicholas Taieb, ancien trader, disciple de Sénèque et de Mandelbrot, est professeur au Polytechnic Institute de New York.

Placements. Musclez votre épargne dès le premier euro, Editions du Rocher, 235 pages

Lorsqu’une publication économique et financière fait une large place à la pédagogie et se propose d’atteindre un public très divers, on ne peut qu’applaudir, tant le handicap que constitue l’inculture économique nationale qui bloque largement toute perspective d’évolution intelligente de la société face au changement, est une préoccupation majeure. Si, de surcroît, comme c’est le cas avec cette parution, l’auteur, Guillaume SOMMERER, bénéficie d’une large fenêtre médiatique, par ses fonctions, (rédacteur en chef adjoint à BFM Business), alors on se dit qu’il faut soutenir cette heureuse initiative ; d’autant que son émission quotidienne « Intégral Placement » vise toutes les classes d’épargnants, des plus modestes aux plus avisés. L’auteur propose d’offrir à chaque français « qui sont de grands optimistes » face à leur épargne, d’utiliser la boussole qu’il propose dans cette parution, de dépoussiérer les idées reçues ou l’image qu’ils ont de leur choix de placements. Il passe en revue en dix chapitres, particulièrement documentés et très accessibles, les différentes solutions avec leurs avantages et inconvénients, immobilier, bourse, assurance-vie, or et autres solutions spécifiques. « L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare ». Une lecture qui peut largement contribuer à cet objectif.

Osons l’Europe des nations. Le défi du nouveau président, Eds L’Observatoire, 210 pages

2018 s’ouvre avec le nouveau et très attendu « Christian Saint-Etienne de l’année ». « Osons l’Europe des nations » reprend les convictions profondes de l’auteur, d’Européen convaincu, accompagné de ses inquiétudes maintes et maintes fois exprimées sur une zone monétaire « imparfaite » et cette union politique « vieillissante » et menacée d’impuissance. Peut-on sauver la construction européenne ? Et faut-il sauver cette Europe ? L’auteur s’efforce de répondre à ces interrogations quasi existentielles en proposant de l’audace, encore de l’audace…A l’heure où les Etats-Unis et la Chine dominent la mutation numérique, son économie n’a pas effacé les effets de la crise. L’Union a été rejetée par ses propres citoyens. Et son influence internationale ne cesse de se réduire.  « …Principal levier de la désintégration de l’Europe ? » (Maastricht).  A l’origine d’une gigantesque faille dans la construction européenne, le traité de 1992 fut un véritable marché de dupes, plutôt que le ciment d’un bloc indestructible… » « …La création d’un puissant noyau dur d’Etats européens, prêts à relever le défi de notre époque (troisième révolution industrielle, nouvelle hiérarchie des nations…), est une nécessité vitale si l’Europe veut continuer d’exister comme acteur de l’Histoire… » L’auteur défend l’idée de refonder une vraie puissance européenne, en faisant confiance aux nations.

Président de l’Institut France-Stratégie, titulaire de la chaire d’économie industrielle au CNAM, Christian Saint-Etienne a travaillé au FMI et à l’OCDE.

50 schémas pour comprendre la finance, Eds Eyrolles – 119 pages

« Parfait condensé de la technique financière » selon Frank Bournois, Professeur des Universités et Directeur Général de l’ESCP Europe, cet ouvrage est destiné à la compréhension de la vie financière de l’entreprise. Il se veut innovant en suscitant la curiosité de ses lecteurs par l’image : 50 schémas illustrent cette volonté du duo d’auteurs François-Xavier Simon (expert et consultant en finance) et Benjamin Dreveton (Professeur des Universités), qui proposent de penser la finance d’entreprise autrement. Beaucoup d’ouvrages ont déjà été rédigés pour expliciter les fondamentaux de la finance d’entreprise : états financiers, outils d’analyse, politique d’investissement, indicateur de performance… Le mérite des auteurs réside dans le processus pédagogique, permettant d’adapter la transmission du savoir aux nouvelles générations avec plus de simplicité, plus de concision et peut-être et surtout beaucoup d’enthousiasme. Pari réussi, car le large public auquel s’adresse cette nouvelle parution trouveront à la fois des points d’ancrage utiles à la mémorisation et à la compréhension de la finance mais aussi le plaisir d’apprendre à penser « de manière singulière ».

François-Xavier SIMON, ancien dirigeant dans de grands groupes internationaux, consultant en finance et gestion, auteur de nombreux ouvrages à succès. Benjamin Dreveton, Professeur des Universités à l’IAE de Poitiers et directeur du CEREGE. Il préside l’Association des Masters en Contrôle de gestion et Audit organisationnel (AM-CGAO).

La finance responsable, MA éditions, 236 pages

L’auteur rappelle les multiples définitions de la finance responsable. Il montre qu’elles recouvrent de nombreux domaines : fonds éthiques (répondant à des critères d’exclusion de certaines activités), fonds de développement durable (conformes aux normes environnementales), fonds de partage (à visées humanitaires ou caritatives), fonds d’épargne solidaire (favorables à l’économie locale, à l’emploi, au microcrédit…), finance alternative (comme le crowdfunding ou la finance islamique)… L’ouvrage s’efforce de répondre à différentes interrogations : quels sont les apports de la finance (bancaire, de marché, d’entreprise, des ménages…) ? Les milieux financiers ont-ils tiré des leçons des crises financières (éclatement de la bulle internet, nocivité des produits toxiques, développement du shadow banking…) ? Les activités financières sont-elles sur-réglementés ? Comment les banques traditionnelles vont-elles s’adapter à la montée de la digitalisation de leurs opérations et à la concurrence des néo-banques ? Une première partie de l’ouvrage retrace l’historique des supports de la finance responsable et de son cadre institutionnel. Une seconde partie décrit ses acteurs et ses nouveaux outils. Elle montre notamment les enjeux du Brexit pour l’expansion des places financières d’Europe continentale, et notamment pour celle de Paris. La troisième partie évalue les apports de la finance responsable pour les entreprises, et notamment pour les PME et pour le bien commun.

L’auteur rappelle que les responsables européens ont été peu réactifs face aux avancées de la comptabilité anglo-saxonne, principalement orientée vers la création de valeur pour l’actionnaire. Il appelle de ses vœux des initiatives européennes en faveur de la création de valeur pour toutes les parties prenantes de l’entreprise, et de la finance alternative, des services digitaux, de l’évaluation des actifs immatériels, de la protection des données, de la « société à objet social étendu » …

Vous êtes ici : VSE 205 Notes de lecture Jean-Jacques Pluchart, Professeur des Universités émérite, Université Paris I Panthéon-Sorbonne