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VSE 198

L’accélération de la troisième révolution industrielle : quelle place pour l’Europe ?

Les deux premières révolutions industrielles : la vapeur/le charbon/la locomotive/le télégraphe pour la première ; puis l’automobile/le pétrole/la téléphonie/l’informatique ont transformé l’économie mondiale en moins de 150 ans. L’Europe a tenu un rôle majeur dans ces deux premières révolutions industrielles avec les Etats-Unis.

La troisième révolution industrielle est en route. Elle concerne le croisement de l’Internet, des nouvelles formes d’énergie et celle du traitement des Méga données ou Big data. L’Europe est en retrait significatif par rapport aux Etats-Unis et à l’Asie dans cette troisième révolution. La stratégie de Lisbonne initiée en 2000 par l’Union européenne, destinée à bâtir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde en 2010, a échoué.

Depuis l’émergence de l’Internet dans les années 1960, la révolution informatique couplée aux télécommunications s’est progressivement déployée et le « réseau des réseaux » s’est imposé, au moyen du protocole TCP/IP, dans de nombreux secteurs industriels comme la finance, la presse, le tourisme. Des géants ont émergé dans le domaine des réseaux sociaux, du commerce électronique, de la publicité sur Internet et des outils de communications reliés à des nuages informatisés hébergeant des applications multiples. Ils ne sont pas européens dans leur grande majorité, ce qui induit à terme une dépendance forte de l’Europe sur des marchés en croissance accélérée et mondialisés.

1- Les transformations en cours

Ces transformations sont caractérisées par quelques-unes des orientations présentées ci-dessous :

L’extension des usages de l’internet :

Les protocoles de communication couplés à l’Internet permettent également de piloter et de contrôler des objets à distance, d’assurer le suivi et la maintenance de processus productifs, et de créer des environnements interconnectés le tout à un coût marginal faible. L’impression 3D permet de fabriquer de manière décentralisée par technique additive des objets à faible coût. Les nouveaux modèles d’affaires à bas coûts ont profondément affecté l’industrie hôtelière avec les réservations en ligne, puis avec la location et l’échange de logements entre particuliers. Les banques de détail sont amenées à se réorganiser au niveau mondial en intégrant l’environnement numérique sous peine de voir s’éroder leurs positions concurrentielles. Les technologies Internet facilitent non seulement l’émergence de nouveaux modèles économiques, d’entreprises à client ou de consommateur à consommateur, mais elles permettent de créer des espaces collaboratifs à faible coût « les communs collaboratifs ». Dans ces communs se développent des plateformes numériques variées concernant : le financement participatif, l’échange de biens entre particuliers, les services partagés de co-voiturage, la gestion des réseaux énergétiques. Dans le secteur des transports la généralisation du recours à ces plateformes devrait permettre de limiter le nombre de véhicules et par là de participer à la réduction des émissions de particules et de CO2.

La démocratisation de l’accès à l’enseignement et à la connaissance :

La création de cours en ligne ouvert et massifs : les Cloms, ou Moocs selon l’acronyme anglo-saxon, va faciliter l’accès à la connaissance et à l’enseignement. Des formes hybrides se développent progressivement dans les pays développés combinant le présentiel et le distanciel. Dans les pays émergents, ces cours en ligne vont souvent être la colonne vertébrale de la formation de millions d’individus qui n’ont pas accès au face à face classique étudiant/enseignant dans des établissements en dur.

La montée en puissance des énergies nouvelles :

Cette montée en puissance lente, mais régulière de l’Internet est complétée actuellement par des possibilités d’obtention d’énergie d’origine solaire et éolienne et bientôt, par la pile à hydrogène. Ces nouvelles formes d’énergie, dont les coûts baissent rapidement, concurrenceront progressivement l’énergie d’origine fossile et nucléaire. L’optimisation de la consommation énergétique peut se faire au moyen de réseaux intelligents « smartgrids ». Dans le domaine industriel, alors que les groupes automobiles français et allemands maîtrisent à peine les moteurs électriques ou les plateformes hybrides, le leader mondial « Toyota » vient de lancer la première voiture fonctionnant avec une pile à hydrogène en novembre dernier sur le marché japonais.

Le traitement rapide de méga données disséminées sur des réseaux mondialisés :

Les capacités de traitement des données produites sur les réseaux sociaux par des logiciels s’appliquent à l’optimisation de réseaux logistiques, à la prévision en marketing, au décodage des comportements d’achats à partir des profils de connexion et d’usage des internautes.
Le déploiement rapide de tablettes et de téléphones intelligents, pouvant être connectés en permanence à ces plateformes et à ces réseaux, accélère et installe définitivement cette troisième révolution industrielle et des services.

Une présence insuffisante des acteurs français et/ou européens, sauf exception :

A l’origine de ces transformations profondes de l’économie, on trouve peu d’acteurs français et/ou européens, si ce n’est dans les usages de ces outils et de ces plateformes collaboratives. L’impression 3D (ou fabrication additive par couches successives) encore appelée e-manufacturing est un contre-exemple, car les capacités d’innovation des PME et ETI allemandes les positionnent comme des leaders en Europe sur ce marché au coude à coude avec les fabricants américains. Le leader mondial de l’impression 3D, technologie également appelée stéréolithographie, est américain. Il avait repris, il y a 35 ans, les brevets d’une filiale d’Alcatel qui ne voyait pas d’avenir à cette technologie !

Ces manquements questionnent la conception des formations scientifiques et de management dispensées en France et en Europe dans les écoles d’ingénieurs, dans les écoles de commerce et dans les universités sur le sujet du management de l’innovation et de son financement. Les travaux de Davila, Epstein et Shelton résumés dans leur ouvrage « Making innov@tion work » montrent clairement le déficit des entreprises européennes en matière d’innovation de percée comparativement aux entreprises asiatiques et nord-américaines. Outre des capacités d’innovation à développer, le renforcement de la compétitivité des entreprises européennes passe pour de nombreuses entreprises par l’élaboration de modèles d’affaires à bas coûts.
Un exemple emblématique est le marché des lanceurs spatiaux ou l’Agence spatiale européenne, leader depuis plus de 20 ans, est amenée à mettre en chantier la version 6 du lanceur « Ariane » sous la pression de la concurrence. Ce dernier qui serait commercialisé en 2020 a été conçu à coûts réduits pour être compétitif face à la nouvelle concurrence américaine.

2- Les orientations de la nouvelle gouvernance européenne

La relance de l’économie européenne, dont les piliers (Allemagne, Italie, France) frisent la récession, est incontournable pour un redémarrage de la croissance puis de l’emploi au sein de l’Union. L’Europe est concentrée à l’heure actuelle sur la réduction de ses déficits budgétaires et la préparation de la mise en place d’une politique d’assouplissement monétaire pour relancer la croissance. Cette relance monétaire sera d’autant plus soutenue et durable que simultanément des investissements massifs seront ciblés sur des projets de qualité. Dans ce sens, les orientations impulsées par la commission Juncker répondent à la définition d’orientations stratégiques bénéficiant de nouvelles sources de financement. Le Président Juncker a organisé la commission en équipes de projet. Cette dernière comprend six Vice-présidents et le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, sans compter un premier vice-président.
Le président élu de la commission européenne a déclaré devant le parlement européen, le 15 juillet 2014 sa volonté de voir la Commission s'organiser d'une manière qui tende à produire les résultats attendus des orientations politiques sur la base desquelles il a été élu. Il souhaite une Union européenne plus grande et plus ambitieuse pour les grands enjeux, plus petite et plus modeste pour les petits dossiers. C’est tout simplement l’application du principe de subsidiarité appuyé sur une vision stratégique sélectionnant des projets porteurs de futur.

La création d’un fonds européen pour les instruments stratégiques (FEIS) en janvier 2015 doté de 315 milliards € d’ici novembre 2017 est un véritable ballon d’oxygène pour les entreprises de l’Union. D’ici à l’été 2015, 21 milliards € de fonds publics européens déjà programmés seront regroupés avec l’ambition d’attirer 315 milliards € d’investissements publics et privés en trois ans. La majorité de ces investissements (240 milliards €) est destinée à des travaux d’infrastructures, notamment énergétiques et numériques, de soutien à la recherche et à l’innovation et au développement durable. Cependant, près de 75 milliards € sont réservés aux PME et ETI. Il ne s’agit pas de subventions, mais de prêts qui seront accordés sur la base de la qualification des projets. C’est de cette enveloppe de 75 milliards € que les projets les plus innovants pourraient émerger et repositionner l’industrie et les services européens dans un contexte mondialisé.
L’Europe est souvent perçue au niveau national comme bureaucratique et sans ambition. La nouvelle gouvernance Juncker et ses orientations stratégiques devraient contribuer à améliorer son image auprès des citoyens des pays membres.
Le message du Président de la commission est de bon augure pour l’année 2015 !

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