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VSE 195-196

Réveil français : les premiers pas !

Depuis le milieu des années 2000, la littérature économique « grand public » s’est élargie avec des ouvrages traitant du déclin relatif de l’économie française. Ce courant d’opinion a souligné la baisse de la compétitivité de l’économie française et sa place déclinante dans le commerce mondial. Il a suscité depuis 2010 des commentaires positifs, mais également des réactions négatives. En fait, la vérité assenée par les chiffres présentés dérangeait. Il a fallu la lente montée du chômage à plus de 10 % de la population active à la fin de l’année 2013 (3,5 millions de chômeurs en catégorie A) pour que le message des économistes dits « déclinistes » soit enfin pris au sérieux. Sous la pression de la Commission européenne et de ses injonctions quant au déficit budgétaire, les autorités françaises mettent en place une politique de réduction des dépenses publiques de 50 milliards sur 3 ans, ce qui ne s’était pas réalisé depuis plus de 30 ans !

C’est une révolution, car cette nouvelle politique marque la fin de la consommation financée par un endettement public en augmentation constante. Les sujets comme la compétitivité-coûts et hors coûts, le niveau de charges, la fiscalité des entreprises, la simplification des normes ou leur réduction, deviennent d’actualité et un véritable débat s’engage avec les partenaires sociaux sur ces sujets. Le rôle de l’entreprise comme créateur de valeur et d’emploi est revalorisé. C’est la combinaison optimale de ces variables qui permettra de renforcer le dynamisme des entreprises petites et moyennes localisées sur le territoire national.

Parallèlement, les autorités se penchent également sur la réorganisation administrative du pays en maniant décentralisation et simplification, le tout devant rimer avec plus d’efficacité et si possible une réduction des coûts. C’est un sujet complexe et éminemment politique dont la mise en œuvre s’étendra sur plusieurs années. Cette démarche a le mérite de remettre le découpage territorial à l’heure européenne. Sans aller jusqu’au fédéralisme allemand, nos voisins européens ont dans l’ensemble une organisation territoriale décentralisée et de fait plus proche des entreprises. Il aura fallu un véritable tassement de la croissance depuis 2011, cela après la baisse du PIB de 2008 et 2009, et la forte pression bruxelloise pour que ces mesures soient proposées. Cependant, la politique de la BCE qui laisse monter l’Euro à 1,40 $ US joue contre la compétitivité des entreprises sur les marchés internationaux et sans « assouplissement monétaire » ce taux de change défavorable aux entreprises européennes ne se modifiera pas.

Dans ce repositionnement de l’économie française, cette dernière dispose de nombreux atouts : la qualité de son enseignement supérieur et de sa recherche, la dynamique des pôles de compétitivité, la montée en puissance des sociétés d’accélération du transfert de technologies, la capacité d’innovation des entreprises et l’internationalisation des PME et ETI soutenues par la banque publique d’investissement. Le tissu économique français s’oriente vers une économie de l’offre plus territorialisée et plus riche en technologies de l’information. Le déploiement de 34 projets d’avenirs sur des axes marchés/technologies porteurs contribue également au redéploiement de l’outil productif sous réserve qu’il se fasse en synergie avec les pôles de compétitivité.

La capacité des pouvoirs publics à faire comprendre et accepter par les partenaires sociaux l’intérêt à moyen et long terme de ce plan de réduction des déficits conditionne son succès. Par ailleurs, l’évolution du taux de change de l’Euro affecte directement la compétitivité des entreprises localisées en France et se développant à l’international, à l’exception des groupes de la grande distribution dont les achats sont mondialisés. Les écosystèmes productifs évoqués plus haut stimulés par les 35 milliards € des investissements d’avenir devraient contribuer à générer ce supplément de croissance espéré. Le retour à la croissance de l’économie française reste extrêmement fragile mais devrait bénéficier d’une situation européenne plus favorable, car les économies italienne et espagnole montrent des signes de redémarrage après plusieurs années de stagnation pour la première et de récession pour la seconde.

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