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VSE 194

Editorial VSE 194

Ce numéro de VSE traite de plusieurs des grands thèmes du management : le rôle des actionnaires et les stratégies de contrôle des entreprises, les démarches d’intelligence économique appliquées au territoire, les nouveaux modèles de recyclage au sein des écosystèmes industriels et la création de richesse, le sens des éco-stratégies pour les entreprises et leurs mises en œuvre, et enfin la structure de propriété et la divulgation sur Internet.

Dans ce numéro, Olivier Meier et Guillaume Schier s’intéressent à « la structure de l’actionnariat direct en France » et à son évolution sur une période allant de 2007 à 2012. Le débat est lancé en montrant l’impact de la séparation entre la propriété et le contrôle, et les conséquences économiques des divergences d’intérêts entre les dirigeants et les actionnaires. La structure de l’actionnariat, direct ou ultime, est dès lors centrale car elle devient potentiellement un déterminant clé de la performance des firmes. L’échantillon d’entreprises utilisé couvre 99,4 % de la capitalisation boursière de la place de Paris et représente sur 6 années 3.201 firme-année observations avec un maximum de 635 entreprises pour l’année 2012. Les cadres théoriques concernant l’actionnariat direct, les droits de vote et les droits de contrôle, la performance des firmes sous-tendent cette recherche.
Les auteurs relèvent au sein de l’actionnariat direct une proportion importante de dirigeants actionnaires (28,9 %) et plus encore d’initiés (47,5 %). Deuxièmement, il existe une très forte asymétrie dans la répartition des participations des initiés (dirigeants) selon la taille des entreprises. Il est constaté un affaiblissement du rôle des Etats, un renforcement de l’actionnariat dirigeants (et initiés) et un recul significatif des banques et des sociétés d’assurances en tant qu’actionnaires directs. Enfin l’importance de facteurs tels que la nature du secteur (réglementé/non réglementé), la taille de l’entreprise et l’ancienneté de l’entreprise dans la structuration de l’actionnariat est soulignée.

pose la question des moyens d’actions. Les contributions de Thoenig et
Dans le deuxième article « Orienter la stratégie de l’entreprise vers le territoire » Sébastien Le Gall et Dominique Bériot présentent un cadre de recherche-action destiné aux managers qui font de l’ancrage territorial une priorité stratégique. Pour une entreprise positionnée parmi les leaders de son marché, se pose la question d’accroitre l’intensité des liens marchands et non marchands avec les différents territoires sur lesquels elle agit et se Waldman, de Pecqueur et Peyrache-Gadeau définissent le cadre théorique entre territoires, dynamiques humaines et approche systémique. Le territoire est défini comme une entité qui incorpore ses membres d’une manière durable et surtout plus dense. Il joue sur d’autres registres que les seules fonctions d’utilité et l’abaissement des coûts de transaction. Il fait appel à « des idéaux, à des codes de comportement, à des identités communes ». Un sujet d’actualité au cœur de la stratégie des entreprises de l’économie sociale et des banques coopératives régionales.
L’entreprise étudiée gère une ressource hautement symbolique du territoire, le secteur de l’eau, qui est soumis à de nombreuses turbulences. Ces dernières viennent impacter le schéma classique de la délégation de services publics d’une collectivité locale à une société privée. Cette entreprise orchestre un double mouvement de stratégies d’intégration horizontale (groupe multiservices) et verticale de mise en œuvre. L’eau reste néanmoins le métier principal autour duquel se greffent la production, la distribution, la collecte des eaux usées et leur traitement (assainissement). Suivant la logique de l’intégration verticale, il s’agit pour l’entreprise d’avoir la capacité de contrôler la chaîne de valeur.
Les conclusions auxquelles aboutissent les auteurs montrent que le renforcement de la position de l’entreprise peut s’appuyer sur un ancrage territorial individualisé au niveau de chaque acteur couplé à une veille territoriale. Ces deux dispositifs viendraient alimenter les orientations stratégiques prises par le Comité stratégique de l’entreprise.

L’article de Carlos Scheel et de Manuel Vasquez « Regional wealth creation by leveraging residues and waste » montre qu’il est possible de créer de la valeur au niveau régional en s’inspirant des écosystèmes biologiques qui transforment des déchets naturels en substance nutritive. L’auteur soutient qu’un système de création durable de richesse doit être lié à son environnement et s’appuyer sur l’innovation et la technologie.
Le cadre proposé “Swit: Sustainable Wealth Creation by Innovation and Technology“ est capable de mettre en valeur l’écosystème industriel en s’appuyant sur des technologies, des processus et des technologies innovantes, capables de transformer les résidus, les déchets et les sous-produits dans un système de valeur à rendements croissants. Dans cette approche de type systémique, cela signifie que tous les biens entrant dans une région peuvent être transformés en produits à valeur supérieure conçus pour produire des rendements croissants. Les théories les plus récentes sont mobilisées pour soutenir cette démarche. Les auteurs soulignent que la création de nouvelles entreprises est nécessaire pour alimenter cette démarché SWIT au sein de grappes d‘entreprises spécifiquement dédiées à ces initiatives. Pour créer une dynamique industrielle le modèle SWIT s’appuie sur 5 composants détaillés dans l’article. Les cas illustrés sont présentés et concernent les industries du café, de la tortilla de maïs et du quinoa. Ces exemples montrent qu’écologie et industrie peuvent, dans un contexte donné, créer de la valeur locale en supprimant quasiment les effluents et les déchets. Dans une époque où l’on s’efforce de promouvoir les énergies décarbonées, sans biais idéologiques, le prix de l’énergie et son coût de subvention ne pourront plus être éludés longtemps. Cette étude souligne le passage nécessaire par l’innovation.
Dans son article sur les éco-stratégies en Algérie, Mohammed Khelladi, montre que l’isomorphisme coercitif est le principal déterminant d’intégration de la responsabilité environnementale dans les organismes industriels algériens. L’auteur nous rappelle que la portée de la RSE correspond à un affrontement de deux paradigmes : un paradigme dominant libéral, dans lequel s’inscrit notamment le courant de l’éthique des affaires, et un paradigme émergent de développement durable dans lequel s’inscrit la RSE ». Les divergences ciblent des questions inter-reliées ayant trait, notamment, aux droits/besoins intra/intergénérationnels, à la croissance ainsi qu’au progrès technique ou technologique. La politique publique d’environnement et le contrat de performance environnementale sont mentionnés comme les moyens de cet isomorphisme. Un questionnaire en 35 questions est administré auprès de 100 entreprises. Les réponses sont intégrées dans une matrice d’implications vertes croisant la typologie de Roome (1992) et de Hart (1995). Un profil d’écostratégies dans quatre branches industrielles croise les ressources environnementales engagées et l’ambition de conformité. Il en ressort quatre profils d’entreprise : les éco-irréaliste et les éco-élitiste, les éco-méfiante et les éco-engagée. Les éco-instruments, représentés par la certification du système de management environnemental (SME) selon la norme ISO 14001 et/ou le contrat de performance environnementale s’apparentent à du « pseudo-volontariat ou du volontariat quasi-obligatoire en raison des contraintes extérieures ou du coût d’opportunité relatif à l’adoption ou non de ces mécanismes de troisième génération ». La gestion de l’environnement naturel en Algérie est perçue explicitement comme une gestion anthropocentriste (une gestion où l’homme serait au cœur de l’économie !) faisant partie du modèle gestionnaire des parties prenantes.

Dans le cinquième article Aïda Kammoun et Douha Khrifech cherchent à identifier les déterminants de la divulgation volontaire des informations sur Internet dans le cas des entreprises cotées non financières en Tunisie. L’objectif principal est d’analyser l’impact de la structure de propriété sur l’étendue de la divulgation volontaire des informations sur le web. Il faut entendre par divulgation « toute communication délibérée d’informations financières, quantitatives ou qualitatives, obligatoires ou volontaires véhiculées par des supports formels ou informels ». La relation entre les caractéristiques de la structure de propriété (concentration et nature des actionnaires) et la publication des informations financières sur Internet est étudiée. La variable endogène, « Divulgation Volontaire sur Internet », est mesurée par un score non pondéré relatif au contenu et à la forme de présentation du site Web. Ce score a été calculé et un modèle de régression sur des données de panel a été testé pour 30 entreprises tunisiennes cotées non financières observées sur une période de quatre ans (2005-2008).
Les résultats obtenus montrent que la propriété concentrée a un effet négatif et significatif sur la divulgation volontaire via Internet.
Concernant la nature des actionnaires, il a été trouvé que seuls les actionnaires institutionnels influencent positivement et significativement la communication via le Net, alors que, les actionnaires managers et publics n’affectent pas la décision de création et de publication financière sur ce nouveau support.
La taille est une variable déterminante de la divulgation sur le Web. Les entreprises tunisiennes de grande taille sont plus susceptibles d’offrir les informations sur leurs sites.

Deux tribunes libres ponctuent ce numéro 194, la première, sous la signature de François Archambault, souligne la recherche du nécessaire sensationnel ou de l’impact économique pour relater les multiples conflits qui affectent nos sociétés ; la seconde, signée par Bernard Biedermann, constate l’introduction et l’interactivité de nouvelles variables (le temps, la connaissance et l’innovation) dans l’élaboration des nouveaux modèles de croissance.

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