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Convulsions sociétales : l’étau se resserre sur la France

 

La récente révolte fiscale contre l’écotaxe, du jamais vu depuis le poujadisme des années 1950, révèle la perte de confiance d’une partie de la population vis-à-vis des mesures mises en place par l’exécutif. Le principe du pollueur–payeur est fondé dans son principe, mais s’est heurté dans son application en 2013 à des entreprises aux marges souvent très minces qui ne pouvaient absorber de prélèvements supplémentaires, et à une mise en application manquant de réalisme.

Le mouvement breton des « bonnets rouges » est un concentré de certains des maux qui grèvent le pays. La faiblesse des marges de nombre de PME bretonnes, ayant  à régler des prélèvements sociaux supérieurs à ceux des entreprises concurrentes en Europe et hors d’Europe, est à l’origine de leur situation financière tendue. Par ailleurs la parité actuelle Euro/dollar à 1,35 €, alors qu’elle était initialement de 1,15 € lors de la création de la monnaie européenne en 1999, ne facilite pas les exportations.

Ces entreprises symbolisent l’insuffisance d’innovation hors coûts des PME et ETI françaises. Ceci souligne le lien encore insatisfaisant entre la recherche universitaire et appliquée, et les PME au sens large. Les retombées des programmes de recherche des pôles de compétitivité, financés par l’Etat depuis 1995, sont encore modestes pour les PME participant aux projets des pôles. C’est pourquoi ce dispositif  a été complété  depuis 2009 dans le cadre des investissements d’avenir par des institutions complémentaires : les Instituts Carnot, les Instituts de recherche et de technologie, les laboratoires d’excellence et les sociétés d’accélération des transferts de technologie. La majorité de ces programmes initiés dès 2009 a bénéficié d’un investissement massif de plus de 30 milliards € jusqu’à fin 2012 et un montant équivalent est prévu pour la période 2013 à 2015. Il est encore trop tôt pour en voir les résultats pour les entreprises et pour en apprécier les retombées en matière d’emploi.

Ces investissements constituent le prix à payer pour réindustrialiser le pays et repositionner son industrie par le haut dans une concurrence mondialisée. Cependant, le développement économique est étroitement lié à une industrie financière solide et proche des entreprises. Le nouvel environnement fiscal est favorable au  démarrage puis au développement des entreprises grâce à des outils comme la banque publique d’investissement, des mesures comme le crédit d’impôt recherche (CIR) et le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Cependant le niveau d’imposition des plus-values de cession ne favorise pas l’investissement privé et est nettement plus élevé que la moyenne européenne. La fiscalité sur les revenus peut-être perçue comme dissuasive par des entrepreneurs ayant réussi ou par des dirigeants et salariés de grands groupes. Dans les 15 années à venir le développement  des PME et des ETI, portées par les investissements d’avenir suppose de lever des dizaines de milliards €. Paris, capitale de classe mondiale, se devrait de disposer d’une place financière de premier plan et des mesures fiscales  devraient être prises dans ce sens.

L’université n’a pas encore achevé sa mutation vers plus d’autonomie, en partie pour des problèmes de financement, mais également parce qu’une gouvernance plus resserrée et proche des entreprises se fait jour trop lentement sauf exception.
L’enseignement primaire comme le montre l’enquête PISA souligne que la France se situe à peine dans la moyenne de l’OCDE et perd des places quant à l’enseignement des mathématiques et du français. Les modèles de réussite dans ce domaine existent pourtant à nos frontières. La Finlande, la Suisse, et l’Allemagne également qui s’est inspirée depuis 10 ans du modèle finlandais montrent la voie.

Les résultats attendus des investissements d’avenir ne porteront leurs fruits que dans quelques années et Paris en tant que place financière confortée par une fiscalité équilibrée et stable reste à construire.
D’ici là l’exécutif sera très probablement confronté à un chômage supérieur à 3 millions d’inscrits en catégorie A, lequel pourrait être stabilisé par une reprise de la croissance chez nos voisins européens. Dans un contexte de croissance faible (1 % pour les deux prochaines années) les gouvernants auront fort à faire pour satisfaire le mécontentement montant. Le véritable retour de la croissance dépendra de la capacité à restaurer la confiance au sein même d’une société fragmentée par ses nombreux corporatisme.

Daniel Bretonès

 

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