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VSE 193 - Prix de thèse 2012

La réinternalisation d'activités :une approche processuelle du choix en faire ou faire-faire

Résumé :

Cet article analyse les raisons et le déroulement d’une réinternalisation d’activités. L’intérêt d’étudier la réinternalisation est que son étude permet d’adopter une approche processuelle du choix entre faire et faire-faire. Pour ce faire, nous avons construit un modèle conceptuel de processus de réinternalisation que nous avons confronté à deux études longitudinales et rétrospectives menées sur des cas de réinternalisation d’activités informatiques. Les résultats montrent une initialisation du processus de réinternalisation par la création d’un contexte de crise interne et par la décision d’une première réinternalisation. Le développement du processus de réinternalisation est le fruit de l’interaction étroite de facteurs d’ordre stratégique, organisationnel et individuel. Au final, la recherche met en évidence l’imbrication des décisions de réinternalisation et d’externalisation et les processus d’apprentissage en œuvre.

Introduction :

Pourquoi s’intéresser au thème de la réinternalisation alors que l’externalisation d’activités est devenue une pratique répandue – voire généralisée – dans les entreprises ? En effet, l’externalisation – le fait de confier à un partenaire externe une activité jusqu’alors internalisée (Barthélemy et Donada, 2007) – s’est imposée aux dépens de l’intégration verticale (Osegowitsch et Madhok, 2003). Les entreprises sont appelées à se concentrer sur leurs activités à plus forte valeur ajoutée et à externaliser celles qui ne sont pas au cœur de leur métier et qui sont ainsi considérées comme des centres de coûts (Quinn et Hilmer, 1994). La réinternalisation ou la reprise en main d’une activité précédemment externalisée apparaît ainsi comme un phénomène mineur au regard de l’engouement que suscite l’externalisation.

Pourtant, loin d’être anecdotique, le sujet de la réinternalisation éveille l’intérêt – sinon la curiosité. En effet, les entreprises réalisent qu’elles ne sont pas à l’abri d’une décision de réinternalisation. L’euphorie des débuts a laissé place à une pratique plus avertie de l’externalisation. Des études révèlent que les bénéfices escomptés en matière de réduction des coûts, de simplification ou d’amélioration de l’organisation des opérations ne sont pas toujours au rendez-vous après une externalisation. Dans ce contexte d’insatisfaction vis-à-vis des promesses non tenues de l’externalisation, la tentation pour les entreprises peut être de réinternaliser. Les cas d’opérations de réinternalisation comme celui de la banque JP Morgan Chase qui est l’un des plus cités de par son envergure montrent la réalité de cette pratique.

Malgré l’apparition de cas de réinternalisation, l’attention des chercheurs reste focalisée sur l’externalisation. Comme le montrent les revues de littérature sur l’externalisation de Gonzalez, Gasco, & Llopis (2006) et de Hätönen & Eriksson (2009), la recherche a d’abord porté sur la décision d’externalisation, pour se concentrer ensuite sur les questions de gestion et de performance des activités externalisées.

La réinternalisation s’inscrit dans ce champ de recherche comme l’une des conséquences possibles d’une externalisation. Comme pour l’externalisation, les axes de recherche portent d’abord sur les raisons de réinternaliser et le processus de décision, notamment dans le cadre des technologies de l’information. Le nombre limité d’articles sur la réinternalisation (Cf. Chanson, 2008 ; Freytag, Clarke, et Evald, 2012 ; Veltri, Saunders, et Kavan, 2008 ; Whitten, Chakrabarty, et Wakefield, 2010) met en évidence le caractère encore confidentiel de la recherche académique sur la réinternalisation.
Tout l’intérêt d’étudier la réinternalisation réside dans le fait que la réinternalisation apporte un éclairage particulier de la problématique classique de faire ou faire-faire dans laquelle elle s’inscrit. En effet, comprendre la réinternalisation revient à comprendre pourquoi et comment deux décisions opposées – l’externalisation initiale et la réinternalisation – peuvent s’enchaîner successivement. L’étude de la réinternalisation permet donc une approche historique et processuelle du choix entre faire ou faire-faire et s’inscrit dans une démarche de compréhension globale de l’évolution des frontières de la firme.

La problématique de notre recherche sur la réinternalisation est la suivante :

Par quel processus une firme est-elle conduite à réinternaliser une activité précédemment externalisée ?

Cette problématique est déclinée en deux questions de recherche :

·    Quels sont les mécanismes d’initialisation et de développement du processus de réinternalisation ?
·    Comment la firme procède-t-elle à la reconstitution de ses capacités productives lors du processus de réinternalisation ?

La recherche doctorale décrite dans les chapitres suivants est articulée autour de trois parties :

·    La première partie présente le cadre d’analyse théorique mobilisé pour l’étude de la réinternalisation.
·    La deuxième partie décrit la méthodologie de recherche utilisée pour mener les deux études de cas de processus de réinternalisation.
·    La troisième partie expose et analyse les principaux résultats des études de cas.

Une conclusion générale identifie les contributions de la recherche.

Florence LAW
Enseignant-Chercheur, EDC Paris
1er accessit du Prix de Thèse ANDESE 2012.
Thèse soutenue sous la Direction du Professeur Frédéric Fréry,
ESCP EUROPE

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