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VSE 191-192 - Innovation et environnement

Introduction au numéro spécial : « Innovation et Environnement »

L’innovation apparaît aujourd’hui comme le principal moteur de la croissance économique, non seulement dans les économies « basées sur la connaissance » mais aussi dans les économies « émergentes ». Au niveau de l’entreprise, l’innovation apparaît comme le moyen de s’adapter et de survivre dans un monde économique changeant où la concurrence est exacerbée. Toutefois, la croissance économique des sociétés contemporaines doit s’inscrire dans le cadre d’un développement durable, soutenable dans le long terme. Cet impératif conduit l’entreprise moderne à se montrer « citoyenne » et « socialement responsable » notamment en matière d’environnement. La notion d’innovation environnementale (ou « éco-innovation »)  a émergé à l’intersection de ces deux problématiques. Elle doit en effet permettre de conjuguer exigences de développement économique (gains de productivité, performance, croissance) d’une part et exigences environnementales (préservation des ressources naturelles et réduction de la pollution, en particulier) d’autre part.

Dans un article fondateur (coécrit en 1995 avec Claas Van der Linde), Michael Porter a été le premier à formuler l’hypothèse selon laquelle une règlementation environnementale stricte peut encourager la mise en place d’innovations qui aident à accroître la compétitivité des entreprises. L’idée sous-jacente est que cette règlementation stricte favorise la découverte et l’introduction de nouvelles technologies « propres » ou « vertes », ainsi que l’amélioration du processus de production, le rendant plus favorable à l’environnement. Ces technologies et cette amélioration du processus de production permettent également de réduire les coûts de production, ce qui peut permettre de surcompenser l’investissement initial induit par le respect de la nouvelle règlementation.

L’idée a, depuis, rencontré un certain succès mais fait encore l’objet de controverses. A l’heure actuelle, les frontières de l’innovation environnementale restent à préciser, et la notion elle-même demeure difficile à mesurer et à quantifier. Parmi les efforts de définition les plus récents figure celui élaboré par René Kemp et Peter Pearson dans le rapport final du projet « Measuring Eco-Innovation », réalisé dans le cadre du 6ème PCRD européen : « L’éco-innovation est la production, l’assimilation ou l’exploitation d’un produit, d’un procédé de production, d’un service, ou d’un outil managérial qui est nouveau pour l’organisation qui le développe ou l’adopte, et qui conduit, tout au long de son cycle de vie, à la réduction des risques environnementaux, de la pollution, et des autres impacts négatifs de l’utilisation de ressources (y compris de l’énergie) comparativement à d’autres alternatives pertinentes » (p.7, nous traduisons). En ce qui concerne la mesure de l’éco-innovation, des auteurs comme René Kemp et Anthony Arundel proposaient dès 1998 une série d’indicateurs possibles, mais il a fallu attendre la période récente pour que de tels indicateurs statistiques soient réellement mis en œuvre dans le cadre de grandes enquêtes nationales ou supranationales (l’Enquête Communautaire sur l’Innovation de 2008 en est un parfait exemple).

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