Font Size

Cpanel

VSE 190 - Prix de thèse 2011

VSE : l’adaptation à une évolution

Au début du troisième millénaire, il apparaît que les articles parus dans la revue « Vie & Sciences Economiques » sont pour majorité des articles qui appartiennent à d'autres disciplines que les sciences économiques (stricto sensu).

Ceci peut s'expliquer simplement : un accroissement très important du nombre d'enseignants-chercheurs en gestion1 (consécutif à une explosion de l'offre de formations dans cette discipline) sans commune mesure avec le développement du nombre de revues académiques en gestion. Manquant de supports de diffusion académique pour publier leurs recherches, de nombreux chercheurs en gestion ont soumis des articles à VSE, une revue lue par des chercheurs et des praticiens (comme en témoignent les tribunes libres).

Au printemps 2010, la revue en prend acte et intègre la dénomination « la revue de l'économie et de l'entreprise ». Cette expression couvre bien mieux le champ des articles publiés dans la revue, mais elle présente l'inconvénient de réunir deux concepts dissemblables dans leur nature : une discipline et un objet de recherche. Avec ce numéro, VSE achève ce processus d'adaptation de son titre à son offre en optant pour « Vie & Sciences de l'Entreprise ». Ce choix permet de conserver le sigle qui concourt à l'identité de VSE.

Pour illustrer ces distinctions, je souhaiterais vous présenter un recensement de tous les articles (« Etudes » et « Recherches » à l'exception donc des « Tribune libre » et des réponses à un article) publiés par VSE sur les cinq dernières années, entre 2007 et 2011.

_________________________

1 Pour présenter un ordre de grandeur, notons que les seuls universitaires en sciences de gestion sont passés de 300 en 1984 à plus de 1500 en 2004 (source : Prospective 2015 des Etablissements de Gestion - FNEGE - T. Durand 2005) puis à 1800 en 2008 (l’Évaluation des Enseignants-Chercheurs en Sciences de Gestion - FNEGE - B. Pras 2010). A cela, il faudrait ajouter l'évolution des enseignants en école de commerce qui sont aujourd'hui aussi nombreux (1800) (l’Évaluation des Enseignants-Chercheurs en Sciences de Gestion - FNEGE - B. Pras 2010).










 

Nombre d'articles consacrés aux Entreprises

Nombre d'articles non consacrés aux Entreprises

 

Nombre d'articles

en Economie

12

8

31 %

Nombre d'articles ne relevant pas de l’Economie

39

4

81 %

 

 

 

Le classement de chacun des 63 articles peut donner lieu à discussion (s'agit-il d'un article d'économie ou non ? aborde-t-il significativement l'entreprise ?) et un lecteur pourrait à l'issue de son propre comptage obtenir un tableau un petit peu différent. Pour autant, les faits suivants apparaissent absolument certains :

  • les articles consacrés aux entreprises appartiennent à différentes disciplines dont l'économie :

L'économie apporte bien évidemment un éclairage fondamental pour qui veut comprendre les entreprises, comme le montrent par exemple les articles de Mesdames Rigot-Cotellon et Pommet dans ce numéro consacrés aux fonds de pension et au capital-investissement. Mais la gestion (comme d'autres disciplines : sociologie, sciences politiques...) est tout aussi indispensable pour éclairer le fonctionnement des entreprises, comme l'illustre l'article de M. Bezes sur le choix des canaux d'un distributeur. C'est toute la richesse de VSE que de proposer cette multiplicité d'approches pour comprendre l'entreprise.

  • Les articles consacrés aux entreprises occupent une place significative dans les articles économiques publiés dans VSE :

Le prix Nobel d'économie attribué à Oliver Williamson en 2009 rappelle que l'entreprise est un des objets d'étude de la science économique,... mais il était bien seul au milieu de très nombreux lauréats spécialistes de la macroéconomie et de l'économétrie. Dans VSE, la proportion d'articles économiques publiés consacrés aux entreprises est nettement plus élevée.

  • Il y a beaucoup plus d'articles portant sur l'entreprise que d'articles d'économie publiés dans VSE :

En choisissant de s'intituler « Vie & Sciences de l'Entreprise » au lieu de « Vie & Sciences Economiques », VSE se dote d'un titre qui correspond beaucoup mieux à son contenu (plus de 80 % des articles contre 30 %).

Mathématiquement, il reste cependant 20 % des articles qui ne portaient pas directement sur l'entreprise. Ils abordaient pourtant des problématiques intéressantes, tant en économie (changement climatique, politique énergétique...) que dans d'autres disciplines (management territorial, initiatives publiques...). Ce changement de nom n'empêchera pas VSE de continuer à publier les articles les plus intéressants traitant de ces thèmes.

En adoptant ce titre, « Vie & Sciences de l'Entreprise », VSE affirme avec plus de cohérence son positionnement original au service de la gestion et de l’économie. La revue accompagne ainsi la mutation qui a fait de l'ANDESE l'Association Nationale des Docteurs ès Sciences Economiques et en Sciences de Gestion. Si dans le champ de la recherche française plusieurs structures communes existent (une section CNRS, de nombreux laboratoires…), VSE représente la seule revue académique offrant un espace d’échange entre les spécialistes de ces deux disciplines. Ce dessein est rendu possible par la qualité de son comité scientifique constitué de spécialistes reconnus de l'une ou l'autre de ces disciplines, mais qui ont souvent publié dans les deux champs. Cette ouverture au dialogue, qui constitue son positionnement, s’illustre parfaitement dans le numéro spécial publié chaque année par VSE et consacré au prix de thèse de l’ANDESE. Le jury de ce prix constitué de professeurs de gestion et d’économie distingue les meilleures thèses publiées en économie et gestion.

Le prix de thèse 2011

Ce numéro spécial est consacré à la 21ème édition du prix de thèse de l'ANDESE, sous la présidence de M. Michel Roux. Cette année, la cérémonie de remise des prix s'est tenue à l'Orangerie de BNP Paribas à l'invitation de M. Michel Pébereau, témoignage du soutien de cette institution à la recherche française en gestion et en économie. Le jury, présidé par Mme Denise Flouzat, a évalué une trentaine de thèses soutenues en 2010 dans une quinzaine d'universités (ayant obtenu les félicitations de leur jury). Les professionnels et les universitaires qui constituaient ce jury ont été sensibles à l'originalité et la pertinence des sujets de thèse, à la maîtrise de la littérature existante, à la rigueur de la construction et des analyses, aux apports pour les praticiens et à la précision de la conclusion.

A travers ce numéro spécial, VSE a l’occasion de distinguer des docteurs dont les travaux sont caractérisés par une grande qualité scientifique doublée d’une originalité indéniable. Les problématiques traitées sont au cœur des préoccupations actuelles. En pleine crise financière, les médias et les hommes politiques ont été prompts à vouer à la vindicte publique de nombreux boucs-émissaires : les agences de notation, les bonus des traders, les stock-options des dirigeants, les paradis fiscaux... Il est rassurant de voir que, dans ce débat sur la régulation financière que la crise impose, de jeunes chercheurs apportent des contributions de qualité. Ces dernières, reposant sur une recherche doctorale de plusieurs années, esquissent à travers de riches données recueillies et analysées un portrait beaucoup plus nuancé des agissements de ces acteurs de la « finance sans visage ». Elles font fi du dogme d'une perfection des marchés et de l'aura mythique de ces symboles de la finance américaine (Wall Street et la Silicon Valley), pour interroger chiffres à l'appui la performance économique et pointer les imperfections.

Sandra RIGOT-COTELLON, lauréate du prix de thèse en économie de l'ANDESE 2011, propose une analyse décapante des stratégies des fonds de pension américains. Elle montre, notamment, à partir d'études statistique et économétrique que les fonds de pension américains se comportent de façon passive dans leur allocation d'actifs et que leur performance globale est largement expliquée par le mouvement de marché. Elle analyse ensuite les relations, souvent pointées du doigt, entre les fonds de pension et les hedge funds. Elle met en évidence les spécificités de la relation d'agence qui unit ces deux acteurs et pointe du doigt le problème d'asymétrie d'information, ce qui l'amène à proposer une esquisse des principes d’une nouvelle régulation des hedge funds.

Sophie POMMET, accessit du prix de thèse en économie de l'ANDESE 2011, s'intéresse aussi au financement de l'économie, mais en ciblant d'autres acteurs : le capital-investissement français. A partir d'analyses de survie, elle met en évidence un résultat fort iconoclaste : les entreprises ayant reçu un financement par capital-investissement n'ont pas une performance supérieure (mesurée par la probabilité de rester sur le Nouveau Marché). Poursuivant son investigation, elle montre que ce résultat vaut quel que soit le type de capital-investisseur français, qu'il se rapproche de résultats obtenus dans d'autres pays européens, mais s'éloigne de ceux obtenus aux Etats-Unis. Cette recherche ouvre des pistes de réflexion sur la faiblesse de l'entrepreneuriat en France souvent attribuée à un manque de financement spécifique et propose des pistes intéressantes à travers la syndication.

Christophe BEZES, lauréat du prix de thèse en gestion de l'ANDESE 2011, prenant acte du développement de la distribution sur internet, s'est penché sur les distributeurs combinant boutique en ligne et points de vente physiques. Le multi canal est un véritable défi pour les enseignes qui l'adoptent tant il peut influencer les consommateurs dans leurs attitudes à l'égard de chacun des canaux. En s'appuyant sur une congruence entre l'image du site et celui du magasin, cette recherche encourage les distributeurs à transformer leurs acheteurs monocanal en acheteurs multicanaux.

Nuno BENTO avait aussi candidaté pour le prix de l'ANDESE et sa thèse avait été remarquée par le jury. Il nous a alors soumis un article, issu de sa recherche doctorale, qui est passé par le traditionnel processus de révision. Ce travail présente une approche historique de l'émergence des réseaux énergétiques en Europe. Montrant toute la spécificité de l'économie des réseaux, il s'interroge sur la nécessité d'une intervention publique pour faire évoluer les réseaux face aux prochains enjeux : l'hydrogène et les réseaux intelligents.

Ouverture à l'international

En parallèle, nous sommes très fiers de vous annoncer dans ce numéro la conclusion d'un partenariat avec l’International Journal of Applied Decision Sciences (IJADS). Il s'agit de la revue phare d'Alpha Iota Delta, une association académique internationale consacrée aux sciences de la décision et aux systèmes d'information. Cette association regroupe près de six mille membres et a établi des affiliations avec plus de cinquante universités nord-américaines. Nous sélectionnerons et publierons régulièrement des articles issus d'IJADS, revue à comité de lecture en double aveugle. Traduire ces articles en français nous permettra d'enrichir les thématiques de VSE avec des approches parfois différentes. Dans ce numéro, nous vous proposons ainsi de découvrir un article de John DAVIES, professeur de management à la Victoria Management School (importante école de commerce néo-zélandaise). Il ouvre des perspectives tout à fait stimulantes sur les relations entre chercheurs, théories et pratiques en management.

Vous êtes ici : VSE 190 VSE : l’adaptation à une évolution