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VSE 188 - Vie et Sciences de l'Entreprise

Les réseaux sociaux, un objet d’étude ancien

 

Le succès de “ The social network ” (César du meilleur film étranger 2011) contribue encore un peu plus à faire de la constitution de Facebook l’une des premières grandes légendes de ce vingt-et-unième siècle. Sans amoindrir en quoi que ce soit les qualités de visionnaire de Mark Zuckerberg, il est probablement nécessaire de rappeler que les réseaux sociaux sont étudiés par les sociologues, les gestionnaires et les économistes depuis de nombreuses décennies. James Clyde Mitchell définissait par exemple, dès 1969, les réseaux sociaux comme “ un ensemble spécifique de relations entre un nombre défini de personnes, avec la propriété supplémentaire, que ces liens dans leur ensemble peuvent être utilisés pour interpréter le comportement social des personnes impliquées ”, dans un ouvrage qu’il coordonnait sur ce thème. Bien avant que la création des Facebook, Linkedin ou autre Viadeo ne permette une réification tangible de ce concept, des chercheurs comme Granovetter ou Burt mettaient en exergue les réseaux sociaux. La force des liens faibles ou l’importance des trous structuraux ont été mis en évidence dans des domaines variés comme la recherche d’emploi ou l’entrepreneuriat.

C’est dans cette perspective que s’inscrivent plusieurs des articles qui composent ce numéro. Tout d’abord, l’article de Mickaël Géraudel se penche sur le réseau relationnel des dirigeants de PME. Ces derniers font bénéficier leur entreprise de leurs relations personnelles pour obtenir des informations et développer sa notoriété. L’auteur montre quel type de réseau serait le plus approprié pour chacun de ces deux effets.
L’article de Yoni Abittan et Christophe Assens aborde donc un prolongement possible du premier article : une institutionnalisation d’un réseau social. Il lui est très complémentaire puisqu’il approfondit le rôle d’homme-orchestre dans les réseaux territorialisés d’innovation. En mettant en relation et en instaurant la confiance entre, ces hommes jouent un rôle d’architecte de réseau. A travers quatre études de cas, les auteurs comparent l’organisation des pôles de compétitivité avec des réseaux d’entrepreneurs de nouvelles technologies au sein de la Silicon Valley, en Israël et parmi la diaspora marocaine. La formation de ces hommes-orchestres (en France souvent issus de grandes écoles) ainsi que leurs compétences leur permettent par exemple de jouer un rôle de traducteur entre le milieu industriel et le milieu scientifique. Une telle recherche est profondément d’actualité à l’heure où la seconde phase de la politique des pôles de compétitivité doit prendre fin en 2012, et que la troisième phase est en gestation.
L’article d’Emmanuel Ruzé, porte lui aussi sur la coopération. Il confronte des situations de gestion très concrètes (l’implémentation d’un progiciel de gestion intégré) aux enseignements de l’économie cognitive. Il présente différents travaux d’économie expérimentale qu’il relie aux problématiques très actuelles de knowledge management (ou gestion des connaissances).
Enfin l’article de Nina Evans et Mary McKinley, porte encore sur la question de la coopération, mais cette fois-ci à travers les échanges d’information dans le cadre du management des connaissances. Les auteurs apportent un utile contrepoint à la vision très idéalisée de ces pratiques que l’on retrouve dans de très larges pans de la littérature. Ils posent par exemple la question de savoir s’il est éthique pour des employés de ne pas partager des connaissances critiques pour leur entreprise. Peut-on blâmer de telles résistances lorsque les outils de management des connaissances sont souvent mis en place dans des contextes de réduction d’effectifs ?

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