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VSE 188 - Vie et Sciences de l'Entreprise

Sauver l’Euro pour sauver l’Europe : de l’intérêt du fonds européen de solidarité financière et de la mutualisation des dettes libellées en Euro

 

Depuis l’affolement des bourses au mois de juillet 2011 et le décrochage du CAC 40 en dessous de 3000 points, les marchés ont subi les contrecoups directs de l’endettement public français (1.600 milliards €) et des pays de l’Europe du Sud. Par ailleurs le déficit de la balance commerciale française qui sera voisin de 75 milliards € en 2011 souligne l’érosion de la compétitivité de l’outil industriel qui subit la concurrence des pays émergents. La croissance économique française est alimentée depuis des années par des injections de crédit à la consommation et par des augmentations salariales qui ne produisent que peu d’effets en termes de croissance. Alors que l’Allemagne et l’Europe du Nord ont joué la compétitivité industrielle et la spécialisation en comprimant les coûts, l’Europe du Sud a joué la relance par la consommation sans réelle croissance, si ce n’est celle des dettes. Le clivage européen est bien là et il s’appuie sur une monnaie commune l’Euro dont la gestion est source de tensions entre la France et l’Allemagne. L’Allemagne, forte d’une tradition de stabilité monétaire héritée du Deutschemark, prône une monnaie forte alors que ses partenaires du Sud laisseraient filer la valeur de l’Euro par rapport au dollar.
Jusqu’à la crise de cet été, l’Allemagne était en position de force avec un excédent commercial de plus de 190 milliards €, et a imposé ses vues au sein de la Banque centrale européenne. Plus de 50 % de cet excédent est réalisé avec des pays de la zone Euro. Si les économies des pays du sud de l’Europe sont emportées par une crise de liquidité comme l’a été l’économie grecque, c’est le premier marché de l’Allemagne qui s’effondre et par un effet systémique entraînera à plus ou moins brève échéance la chute de l’économie allemande. Actuellement l’Allemagne n’a d’autres choix que d’appuyer à court terme les plans d’aide à la Grèce qui reposent entre autres sur la mise en place du Fonds Européen de Solidarité Financière et la participation des banques privées. Le sauvetage européen de l’économie grecque est la première manifestation d’une mutualisation des risques financiers au sein de l’Union Européenne. Dans un deuxième temps, la mise en place d’un marché des Euro-obligations faciliterait le refinancement des obligations émises par des Etats endettés dont les titres émis ne trouvent pas acheteurs sur les marchés obligataires, sinon à des taux forts élevés. La crise de l’été 2011 a marqué une inflexion stratégique dans la politique allemande et a ouvert la possibilité d’une politique budgétaire et financière européenne mutualisée.
L’Europe a toujours progressé par épisodes de crise depuis la CECA dans les années 1950, puis l’agriculture dans les années 1970-2000.
Une solidarité financière qui dépasse le budget actuel de l’Union Européenne, 1 % du PIB des 27 Etats membres, est en train d’émerger. En contrepartie de ces mécanismes de mutualisation des dettes et des risques, l’UE s’achemine vers une gestion budgétaire et financière des Etats mieux coordonnée. La nouvelle mécanique et discipline européenne qui se met en place renforce la solidarité entre Etats. Cependant, le succès réside dans une maîtrise des dépenses publiques et une optimisation des niches fiscales en fonction de la valeur créée et de l’impact sur l’emploi. Une politique d’investissement sélective doit accompagner la maîtrise des dépenses pour faire émerger un outil industriel nouveau et compétitif dans la mondialisation. Le succès des politiques de maîtrise des dépenses et d’investissement sélectif dépend aussi du taux de change entre le dollar et l’Euro, qui au-delà de 1,25 est problématique pour l’économie française. Cette nouvelle politique industrielle pourrait continuer à s’appuyer, pour les PME et les ETI, sur le Crédit Impôt Recherche tel que pratiqué aujourd’hui, et apprécié par ces dernières.
Au niveau européen la BCE devrait aussi baisser son taux de refinancement en dessous de 1 % pour amener le ratio Euro/Dollar entre 1,15 et 1,25, ce qui faciliterait une reprise de la croissance. Alors que les voies du redémarrage de la croissance européenne sont tracées, leur mise en place reste complexe. L’Allemagne est dans l’obligation d’accepter une cogestion de l‘Euro plus participative que celle pratiquée jusqu’à l’été 2011. En contrepartie elle est en droit d’exiger une gestion budgétaire et financière plus rigoureuse et coordonnée. L’Europe du Sud n’a d’autres choix que de participer à ce processus de mutualisation qui va la sauver de la catastrophe économique programmée si rien n’est fait dans les semaines qui viennent. Pour ces pays du Sud, c’est une véritable révolution qui s’annonce en matière de politique économique.
Le temps de la relance quasi exclusive par la consommation a pris fin. Il va falloir penser à innover plus encore et à créer des entreprises compétitives, à muscler l’appareil industriel et de services pour le mondialiser. La France dispose de nombreux atouts outre les vedettes du CAC 40. Elle a mis en place en 2004 les bases d’une politique industrielle à travers le lancement des pôles de compétitivité. Ce socle industriel et de services en construction, constitué de PME et d’entreprises de taille moyenne, porté par les pôles et par les clusters est une véritable opportunité pour l’économie française.
La crise grecque aura été le déclencheur d’une mutation profonde au niveau européen vers une gestion monétaire et financière plus intégrée dont nous vivions les premières étapes. Cette crise fort douloureuse pour le peuple grec, dont l’économie est en forte contraction sur l’exercice 2011, est en train de jeter les bases d’une Europe plus coordonnée et plus solidaire. Après la restauration de ses finances, l’Europe pourra s’attacher véritablement à développer collectivement des pans entiers de son industrie et à créer les emplois dont elle a besoin.

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