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VSE 187 - Vie et Sciences de l'Entreprise - Prix de thèse 2010

De l’homo metis à l’homo academicus : la transition de carrière revisitée

Résumé :

Cette recherche s’efforce d’identifier et d‘analyser les facteurs et les modalités de transitions des carrières entre des institutions profondément différentes. Elle s’appuie sur les résultats d’une enquête auprès d’un échantillon d’enseignants-chercheurs issus de l’entreprise. Elle dresse un état de l’art sur la transition professionnelle, présente le protocole et les résultats de la recherche. Ce travail s’efforce de proposer un modèle d’adaptation à ce type de transition et d’en mesurer les portées scientifiques et pratiques.

Abstract :

This search is striving towards identifying and analyzing the factors and the careers’ transitions modes between deeply different institutions. Results are obtained from a survey conducted with a sample of university teachers coming from companies. It sets up the state of the art dealing with the professional transition and introduces the protocol and the research outcomes. Afterwards an adaptation model to this type of transition is proposed. The scientific and applied implications are assessed.

INTRODUCTION

Les transitions de carrières se sont développées, depuis une vingtaine d’années, sous les effets conjugués de la globalisation des marchés et de la fertilisation croisée entre les technologies, qui ont entraîné des réorientations stratégiques et des reconfigurations organisationnelles des entreprises. Ces mouvements ont fait l’objet de nombreux travaux de recherche, guides pratiques et témoignages d’expériences personnelles, qui ont mis en lumière la diversité des parcours professionnels: intra ou inter – entreprise(s), réseau(x), métier(s), communauté(s), secteur(s) d’activité, pays, environnement(s) socio-culturel(s)… Des observations récentes ont identifié les passerelles permettant aux agents du secteur public de migrer vers le secteur privé. Elles ont retracé les parcours permettant d’accéder du statut d’étudiant à celui de cadre junior puis de cadre senior d’une entreprise (COE, 2009). Elles ont indiqué les voies offertes aux enseignants-chercheurs afin de mieux coopérer avec le secteur industriel. Mais aucune de ces études n’a porté sur le mouvement contraire d’une mutation d’un poste de praticien expérimenté d’entreprise à celui d’enseignant-chercheur à l’université ou dans une école d’ingénieur ou de management. Cette forme radicale de nomadisme et de transition inter-institutionnels est peu analysée bien qu’elle réponde à un réel besoin des établissements français d’enseignement supérieur, face à la migration des élites universitaires vers le secteur productif et vers les universités anglo-saxonnes. Elle est rarement explorée bien qu’elle soit prônée par plusieurs théoriciens de la gestion d’entreprise, comme Schon (1990) et Pfeffer (2000). Baruch et Hall (2004) ne prétendent-ils pas que les carrières académiques constituent des modèles pour les activités productives ? Mintzberg (2004) ne soutient-il pas, en des termes provocateurs, que le management ne peut être enseigné qu’à des managers déjà expérimentés et que par ces derniers, ajoutant que « c’est la réflexion des dirigeants sur leur propre pratique qui constitue le cœur d’une formation efficace » ? L’observation de ce type particulier de migration professionnelle se heurte, notamment dans l’environnement français, à divers obstacles -parfois difficilement décelables– de nature à la fois institutionnelle, économique et cognitive - que cette étude s’efforce d’identifier.

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