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VSE 187 - Vie et Sciences de l'Entreprise - Prix de thèse 2010

L’apport de la théorie des parties prenantes à la gouvernance des pôles de compétitivité

Résumé :

Les pôles de compétitivité sont constitués de multiples parties prenantes aux intérêts parfois identiques, mais aussi contradictoires, qui entretiennent des relations très fluctuantes et s’investissent différemment en fonction de leurs propres impératifs stratégiques. A travers l’étude de deux pôles de compétitivité, cette recherche s’attache à comprendre le processus de catégorisation des parties prenantes des pôles de compétitivité et ses incidences en matière de stratégie collective. Nous montrons notamment que ce processus de catégorisation repose sur quatre dimensions (légitimité, ressources, sources d’influences, et degré d’implication). A partir de ces éléments, la gouvernance opérationnelle des pôles de compétitivité détermine l’ordre des priorités stratégiques ; puis, cherche à identifier des « zones d’indifférences » pour construire la stratégie collective du réseau.

Abstract :

The competitiveness clusters in France are composed by multiple stakeholders with different interests, which maintain very fluctuating relations. Through the study of two competitiveness clusters, this research tries to understand the incidence of the multiple stakeholders on their governance and their management. This research shows that the process of categorization of the stakeholders rests on four dimensions (legitimacy, resources, sources of influences, and degree of implication). From these elements, the operational governance of the competitiveness clusters determines the strategic priorities. Governance tries then to identify “zones of indifferences" to build the collective strategy of the cluster.

Introduction

L’un des objectifs des pôles de compétitivité consiste à mobiliser leurs membres pour participer à des projets de R&D communs. Cette décision de partager des initiatives en termes d'innovations techniques ou technologiques entre plusieurs acteurs d'un même territoire ne va pas forcément de soi. Certains freins peuvent émerger : partage de la propriété intellectuelle, espionnage industriel, etc. Ces difficultés sont renforcées par le fait que les pôles de compétitivité sont constitués de diverses parties prenantes (« la combinaison […] d’entreprises, de centres de formation, et d’unités de recherche publiques ou privées », DATAR, 2005) dont les attentes, les valeurs et les intérêts peuvent être convergents, mais aussi parfois contradictoires. La problématique centrale des pôles de compétitivité semble donc tenir à la diversité de leurs parties prenantes. A ce titre, certaines recherches semblent montrer que le management des parties prenantes est une des missions centrales des pôles de compétitivité (Fen Chong 2009, Chabault et Fen Chong, 2010).

Les parties prenantes peuvent être définies comme « tout groupe ou individu qui peut influencer ou être influencé par la réalisation des objectifs de la firme [de l’organisation] » (Freeman, 1984 : 46). Cette définition, relativement large, permet d’englober l’ensemble des acteurs en interrelation avec l’organisation. La littérature en management stratégique considère que ces parties prenantes contribuent à déterminer la performance globale des organisations (Attarça, 1999) qui se conçoivent alors comme un ensemble d’intérêts coopératifs ou divergents (Donaldson et Preston, 1995) et se trouvent, par conséquent, dans l’obligation de gérer cette diversité. Ces caractéristiques posent la question du management de ces parties prenantes et de la gouvernance de ces organisations.

Dans cet article, nous cherchons à éclairer la gouvernance et le pilotage des pôles de compétitivité à partir de la théorie des parties prenantes. Nous cherchons plus particulièrement à comprendre le processus de catégorisation des parties prenantes des pôles de compétitivité et ses incidences en matière de stratégie collective.

Dans une première partie, nous présentons le cadre théorique de cette recherche qui s’appuie sur l’approche des parties prenantes et celle de la gouvernance. A partir de ces filtres théoriques, nous détaillons ensuite les difficultés des pôles de compétitivité à catégoriser leurs parties prenantes. La seconde partie s’attache à exposer la méthodologie qualitative de la recherche, basée sur l’étude de cas (Yin, 2003). Deux pôles de compétitivité ont été étudiés en profondeur afin de faire ressortir la place de leurs parties prenantes dans leurs dynamiques collectives. Dans une dernière partie, nous présentons les résultats de cette recherche. Nous mettons tout d’abord en évidence les différentes dimensions sur lesquelles les pôles de compétitivité s’appuient pour catégoriser leurs parties prenantes (légitimité, ressources, sources d’influences, et degré d’implication) et le caractère dynamique de ce processus. Nous montrons, par ailleurs, que la configuration de la gouvernance des pôles de compétitivité est une expression du rapport de forces entre les différentes parties prenantes. De là, le management des pôles repose sur l’équilibre à trouver entre les intérêts de chacun. En termes de stratégie, il s’agit alors d’identifier des zones d’indifférences, qui sont l’expression collective des ressources et compétences individuelles non mobilisées ou non mobilisables, et qui seraient par définition perdues. Ces zones d’indifférences prennent tout leur sens quand elles sont agrégées dans une dynamique collective, pour ainsi former la stratégie collective des pôles de compétitivité.

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