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VSE 185-186 - Vie et Sciences de l'entreprise - Crises et Mutations

Notes de lecture

1. Daniel BRETONES,
Professeur à l’ESCEM

Management de l’Innovation : Intégration du changement technologique, commercial et organisationnel
Joe Tidd, John Bessant, Keith Pavitt
De Boeck 2010, 3ème édition Française, 593 pages.

L’innovation est considérée dans cet ouvrage comme tout changement technique, commercial et organisationnel. Sa nature pluri-dimensionnelle  est décrite et soutenue avec de nombreuses illustrations. Les praticiens trouveront un cadre analytique puissant et des orientations pour mettre en place une démarche d’innovation globale qui intègre la gestion des risques inhérents à cette approche. Les relations entre R&D, technologie, organisation, théorie de l’entreprise et politiques scientifiques y sont explorées et mises en évidence au moyen de nombreux cas, issus d’une sélection internationale et large d’entreprises.
Joe Tidd est Directeur des études au Science & Technology Policy Research de l’Université de Sussex (SPRU), Royaume-Uni. John Bessant est Professeur en gestion de l’innovation à l’Université de Cranfield, Royaume-Uni. Keith Pavitt, décédé, fut également Professeur au SPRU. Il fut l’un des fondateurs de la communauté universitaire d’origine anglo-saxonne qui se consacre à l’étude du changement technologique et de ses implications dans les entreprises et les organisations, comme de ses retombées socio-économiques. Une traduction française de qualité facilite la lecture. La révision scientifique a été menée par Dimitri Uzunidis, Directeur du laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation, de l’Université du Littoral Côte d’Opale. Cet ouvrage concerne tous ceux qui s’intéressent non seulement à la gestion technologique de l’innovation, mais à la dynamique du changement dans les organisations.


Résilience organisationnelle : Rebondir face aux turbulences
Guy Koninckx, Gilles Teneau
De Boeck 2010, 295 pages.

La capacité de rebond des organisations face aux turbulences ou « résilience », est cruciale dans un environnement soumis à de forts changements. Cette capacité s’appuie sur les ressorts psychologiques propres aux individus, parties prenantes de l’organisation, et sur les comportements organisationnels. Les auteurs, professionnels du Conseil en entreprise, montrent au fil des chapitres qu’un cadre conceptuel adéquat permet de positionner les organisations sur des trajectoires de résilience. Pour parvenir à cela, le modèle CICERO est proposé dans le cadre d’une démarche opérationnelle s’appuyant sur un ensemble d’outils, de moyens et d’indicateurs de mesure de la résilience en organisation. Tout responsable confronté à la mise en place de conditions favorables à l’émergence de la résilience trouvera dans cet ouvrage un cadre méthodologique original étayé par des retours d’expérience et des études de cas.


Les grandes approches théoriques du système d’information
François Xavier de Vaujany
Hermès Lavoisier 2009, collection Management et Informatique, 239 pages.

De nombreuses théories ont été développées pour appréhender les systèmes d’information (SI). Elles autorisent une meilleure compréhension des SI tout comme leur conception et leurs usages. Cet ouvrage présente une synthèse magistrale de l’ensemble des travaux sur le sujet et permet d’y voir plus clair en matière de théories relatives aux SI. L’auteur, Professeur à l’IAE de Grenoble et chercheur au CERAG, adapte une démarche originale en présentant les théories du SI en fonction du processus étudié, par objet de recherche, ou selon le projet auquel elles sont appliquées. Tous ceux qui aspirent à mieux comprendre les théories des SI et les contextes dans lesquels elles peuvent s’appliquer, trouveront dans cet ouvrage matière à analyser et à s’approprier ces dernières.


Pôles de compétitivité, innovation et entrepreneuriat
Jonathan Potter et Gabriela Miranda
OCDE, 2009, 263 pages.

La mondialisation des connaissances s’appuie de plus en plus sur la dimension locale. Les activités d’innovation sont de plus en plus concentrées au sein de pôles d’entreprises et de centres de recherche. Les pôles constituent des sources croissantes d’innovation et de compétitivité générées au niveau local. Ils créent des conditions favorables aux gains de productivité, lesquels sont sources de croissance. Les pôles constituent ainsi une structure qui permet aux entreprises de relever plus facilement les défis du développement international. La création et le développement de pôles nécessitent des dispositifs d’aide et des politiques publiques régionales ou nationales spécifiques. Cet ouvrage met en relief, selon une méthodologie éprouvée, les facteurs ayant contribué au succès de grands pôles de compétitivité mondiaux. Le pôle de référence pour la France est le pôle « Minalogic ».  Les étapes du développement du pôle grenoblois sont décrites comme les retombées économiques et sociales de l’évolution de cet écosystème dans la durée. Les auteurs font partie du Centre pour l’entrepreneuriat, les PME et le développement local de l’OCDE. Ils s’intéressent à l’impact des pôles dans les pays membres de l’OCDE sur les performances de l’entrepreneuriat local. A partir des exemples analysés, des recommandations sont formulées quant au développement des pôles. Cet ouvrage concerne non seulement les universitaires, mais les praticiens et les décideurs publics.


2. Jean-Jacques PLUCHART
Professeur à l’université PARIS I Panthéon Sorbonne

Gérer la performance sociétale
Jean-Pascal Gond
Edition Vuibert (collection FNEGE), 371 pages.

L’ouvrage, issu d’une thèse de doctorat, restitue une réflexion approfondie sur une des grandes problématiques de l’entreprise du XXIe siècle : comment évaluer la performance sociale de l’entreprise (PSE) ? Quelle relation établir entre la PSE et la performance financière ? L’auteur (professeur à HEC Montréal) constate que la conceptualisation de la PSE a suivi plusieurs logiques (de synthèse, d’intégration, d’absorption, d’évaluation) et a donné lieu à des « glissements » sémantiques, théoriques et idéologiques. Il dégage quatre dimensions de la PSE : fonctionnelle (elle résulte de stratégies et de processus), politique (elle dépend de relations de pouvoir), culturelle (elle repose sur des valeurs), socio-cognitive (elle est « co-construite » avec les parties prenantes). Il montre les limites des approches quantitatives visant à vérifier -sinon à justifier- les « superformances » des investissements socialement responsables (ISR) et souligne l’intérêt d’une approche qualitative -dite « business case »- de la PSE, basée sur des récits d’expériences de responsabilisation sociale d’entreprises. Il illustre sa démonstration par l’étude du cas de la création et du développement de l’agence française de notation Arèse-Vigéo.


Histoire vivante de la pensée économique
Des crises et des hommes
Jean-Marc Daniel
Edition Pearson, 2010, 421 pages.

Dans la grande bibliothèque historique de la pensée économique, l’ouvrage de J-M. Daniel (professeur à l’ESCP Europe et chroniqueur au journal Le Monde) mérite une attention particulière. Sous sa plume « à la fois érudite et humaine », les idées économiques prennent vie, les auteurs s’interpellent, les théories s’affrontent, l’actualité fait écho au passé. L’architecture de l’ouvrage est à la fois classique (elle respecte la chronologie des écoles de pensée) et savante : de courtes biographies des pionniers, des synthèses pénétrantes de leurs travaux, des citations représentatives de leurs œuvres, des réponses aux grandes énigmes économiques de l’histoire, viennent constamment relancer l’attention du lecteur, tandis que des tableaux synoptiques lui évitent de s’égarer. L’érudition de l’auteur est ainsi servie par un double sens de la formule et de la synthèse. En conclusion, l’auteur relance courageusement le débat sur la crédibilité de la science économique. Il disserte sur l’incapacité des économistes à prédire les crises et souligne la dispersion à la fois des courants, des terrains et des perceptions des comportements économiques. Le lecteur –ainsi devenu homo oeconomicus– ne manquera toutefois pas de se demander pourquoi l’auteur cite Ostrom mais ignore Williamson, prix Nobel d’économie de l’année 2009.


Le taux d’intérêt dans un système financier islamique
Ali Toussi
Edition L’Harmattan, 122 pages.

La notion de taux d’intérêt soulève, depuis la plus haute antiquité (17e siècle avant JC), des problématiques relevant de multiples champs de la connaissance. La question de l’usure a suscité des controverses parmi les théologiens de toutes confessions, et parmi les philosophes et les historiens de toutes les écoles de pensée. La fixation du taux d’intérêt a également provoqué des polémiques entre les économistes et les hommes politiques de toutes obédiences. L’auteur (enseignant-chercheur à l’université de Téhéran) analyse les différentes interprétations de l’usure et du taux d’intérêt dans la charria islamique, puis en présente les différentes techniques alternatives. Il montre qu’actuellement s’affrontent deux groupes de théoriciens et de praticiens du système financier islamique : le premier - dit « fondamentaliste » - reste attaché au « riba », assimilable à une forme de « banque-industrie » à l’allemande ; le second – qualifié de « moderniste » - rejette la spéculation mais pourrait considérer comme licite l’intérêt appliqué au financement d’investissements productifs. La domination du premier groupe par le second entraînerait « une véritable révolution dans le monde islamique ».


La banque dans un système financier islamique

Ali Toussi
Edition L’Harmattan, 120 pages.

Le système bancaire islamique s’étend, au-delà du monde musulman, aux nombreux « guichets islamiques » créés par les banques occidentales. Il suscite l’intérêt des praticiens et des théoriciens de la finance, en raison de la résilience du système face à la crise de 2008, de la croissance soutenue de l’épargne collectée et des investissements financés par le système, mais aussi des principes éthiques, fixés par la « charria », qui régissent ses opérations. Le taux d’intérêt y est remplacé par un ensemble de techniques originales –souvent anciennes– qui conduisent en pratique les banques islamiques à partager les profits, mais aussi les pertes, des opérations qu’elles financent. Les risques entraînés par ce partage des résultats obligent les banquiers à gérer le risque de crédit avec plus de rigueur que leurs homologues occidentaux. Cette forme de « gouvernance bancaire partenariale » est radicalement contraire à la gouvernance actionnariale, qui fonde l’économie néo-libérale, où l’actionnaire est considéré comme le seul « créancier résiduel », et, à ce titre, comme le principal bénéficiaire de la valeur économique créée par l‘entreprise. Mais le système bancaire islamique s’affirme également comme étant la principale alternative actuelle au système encadré par les autorités de Bâle, dont certains principes sont actuellement débattus au sein de la communauté financière internationale.