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VSE 185-186 - Vie et Sciences de l'entreprise - Crises et Mutations

Innover dans la recherche publique en France : La responsabilité sociale de la recherche est-elle mesurée ?

Résumé :

Cet article montre comment l’innovation et l’intelligence économique peuvent être introduites en France dans les laboratoires publics de recherche. L’utilisation sans discernement des indicateurs d’évaluation peut conduire à une distorsion de la perception des activités de recherche d’une part et d’autre part à éloigner les laboratoires de recherche d’un de leurs objectifs : l’utilisation d’une partie de leurs compétences et savoirs pour résoudre des problèmes liés au développement de la société et pour accroître la cohésion sociale. Des exemples sont fournis et une solution est présentée passant par l’intégration des méthodes et des outils de l’Intelligence Economique : les UMSR. L’importance du rôle de telles structures au sein des universités et des centres de recherche est analysée en détail. Un concept nouveau est ensuite évoqué, celui de la RSR (Responsabilité Sociale de la Recherche), qui rejoint l’idée de participation des entités de recherche et d’enseignement à la création de richesses locales et nationales.

Mots clés : Innovation, indicateurs scientifiques, UMSR, intelligence économique, responsabilité sociale de la recherche, RSR, société, développement régional

Abstract :

This article shows how innovation and competitive intelligence must be introduced in France in public research laboratories. The use of assessment indicators without discrimination may lead to a false perception of the research activities on one hand and on the other hand it may move away the laboratories from one of their objective: to participate to the development of the society and to increase the social cohesiveness. Some examples are given and a solution is proposed: the “UMSR”. The crucial role of these structures within the universities and the research centers is analyzed in detail. A new concept is then evoked, that of the RSR (Research Social Responsibility), which joined the idea of participation of the entities of research and education in the creation of local and national wealth.

Keywords : Scientific indicators, UMSR, competitive intelligence, social research responsibility, RSR, society, regional development


Introduction

La crise actuelle a créé un climat incontestablement favorable à la remise en cause de certains dogmes et rentes de situation. En même temps, le développement du NMP (Nouveau Management Public) (ROCHET 2010a) s’est concrétisé en France par le développement de la LOLF (Hutean 2006), c'est-à-dire par une affectation budgétaire en fonction d’objectifs stratégiques utiles à la Nation. Cette crise actuelle a aussi conduit sur un plan plus technique au développement des pôles de compétitivité, à la création de nouvelles agences (ANR, AERES, OSEO, …) et à la mise en évidence du rôle majeur de l’innovation et de la technologie. Les politiques antérieures ont conduit en France à une désindustrialisation poussée, et il a fallu le rapport de Jean Louis Beffa (2005), pour mettre en évidence la nécessité de développer une nouvelle politique industrielle. Pratiquement le rapport Bernard Carayon (2003) a souligné la nécessité de mettre en place une politique d’Intelligence Economique en lien direct avec les acquis scientifiques et technologiques du pays, mais aussi comme élément de cohésion sociale. Un certain nombre d’autres rapports montrent au niveau international l’importance de l’innovation, par exemple le rapport Palmisano (USA, 2004), le rapport Commonwealth (Australie, 2003), le rapport sur la créativité (Canada, 2001), etc. C’est ainsi que la science et la technologie prennent actuellement de plus en plus d’ampleur. Les travaux de Schumpeter (1954) ont mis en évidence le rôle majeur de l’innovation qui, sous l’action d’un entrepreneur, va briser la routine pour créer un équilibre économique nouveau. De même, Keith Pavitt (1999, 2005) a constamment milité pour que l’importance de la science, mais surtout des innovations soient prises en compte dans les politiques économiques, ce qui est bien mis en évidence dans son éloge (Pavitt 2003) publié dans Research Policy. Si dans l’économie néo-classique on considère la technologie et l’innovation comme allant de soi et étant une simple question de financement, la crise actuelle, la poussée des pays en développement, nous conduisent à considérer cette vision (qui pourtant est encore celle d’un nombre important de dirigeants) comme inadaptée à notre époque. Elle ne tient pas compte des aspects comme ceux de la triple hélice (Leydesdorff, 1998) où l’interaction entre les acteurs (Institutions de l’Etat, Recherche et Education, Industrie) doit être organisée pour atteindre une synergie permettant de développer l’innovation et la co-opétition (Brandenburger, 1997) entre les acteurs. De même les questions sociales : confiance entre les acteurs, action de l’environnement sur un cluster, conduisent à induire une dynamique positive. Nous reviendrons sur ces aspects dans la présentation du mécanisme de l’innovation, des SAS (Société par Actions Simplifiée) et du rôle réducteur des indicateurs actuellement utilisés en France dans les institutions de recherche. Pour ceux qui désireraient avoir une présentation plus élaborée de ce qui devrait remplacer la vision néoclassique, ils peuvent se reporter au cahier numéro 3 du CIGREF (Rochet C., 2010b).
L’application de nos jours de ces orientations économiques se caractérise entre autres par les travaux de Michael Porter (1990) montrant l’importance des « clusters », ainsi que par les travaux de l’école hollandaise sur la triple hélice (1998) plus connue sous le vocable de « nouveaux partenariats publics privés ».

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