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VSE 185-186 - Vie et Sciences de l'entreprise - Crises et Mutations

Crises et mutations

Ce numéro spécial de VSE « Crises et Mutations » a été réalisé en partenariat avec l’association des Jeunes Chercheurs en Economie et en Gestion, à l’occasion de son colloque annuel qui s’est tenu à Amiens au mois d’octobre 2010, dans le cadre de l’Université Jules Verne de Picardie. Les articles retenus mettent en exergue les banques et les institutions financières, tout comme leur stratégie de production, de détention et de diffusion des informations qu’elles détiennent. Certains auteurs discernent dans la crise actuelle un levier d’apprentissage organisationnel, d’autres se posent la question de l’utilité sociale des banques. Un des articles traite également de la responsabilité sociale de la recherche dont le montant global, financé par la collectivité et les entreprises privées, représente en France près de 2,2 % du PIB français lequel s’élèverait à plus de 1 700 milliards d’euros en 2010.

Depuis la « Grande crise » de 1929 jusqu’à la plus récente, initialisée en 2007, des crises plus ou moins fortes ont secoué les économies mondiales et sont appréhendées dans l’article de Di Caprio et de Santos Arteaga. Pour les uns, ces crises font partie du fonctionnement normal des économies de marché, pour les autres, elles pourraient faire voler en éclat les équilibres monétaires et financiers et déstabiliser durablement les économies d’où une demande de plus de régulation.
Entre la crise de 1929 et celle que nous vivons, il y a des différences majeures qui correspondent aux transformations profondes des systèmes économiques, sociaux et technologiques.
En 1929 la population mondiale s’élevait de 1,82 milliard d’habitants alors qu’elle est en 2010 de 6,79 milliards. Les Etats-Unis venaient à peine d’accéder au statut de puissance mondiale à l’occasion de la Première Guerre mondiale. De nos jours plusieurs pays émergents dont la Chine, l’Inde et le Brésil montrent des taux de croissance égaux ou supérieurs à plus de 7 % par an et sont devenus de fait des grandes puissances. Le poids et la puissance de l’Asie se mesurent par la population, plus de 60 % de la population mondiale en 2010, et le PIB de la Chine (2ème PIB mondial) s’élèvera pour l‘année 2010 à plus de 5 000 milliards de $ US.

La crise de 1929 a amené les pouvoirs publics américains à légiférer sur le fonctionnement des marchés bancaires et financiers comme la crise actuelle pousse les autorités de tutelle américaine et européenne à mieux contrôler les acteurs de ces marchés. La seule chute de Lehman Brothers concernait près de 500 milliards d’actifs !

La crise des subprimes, d’origine américaine, s’est répandue dans le monde entier via quelques institutions financières et certains réseaux bancaires. En Europe la libéralisation du marché des instruments financiers (MIF) a favorisé l’apparition de concurrents des bourses traditionnelles, mais également de réseaux croisés/crossing networks, propres aux banques et aux courtiers. Face à l’opacité du marché des instruments financiers la Commission européenne propose d’introduire dès 2011 plus de transparence et d’équité. Dans les années 1930, les produits financiers complexes n’existaient pas, alors que leur montant était estimé en 2009 à près de 615 billions de dollars, dont près de 30,4 billions de CDS (credit default swap/assurances contre la faillite d’une société ou d’une monnaie).

La majeure partie des monnaies européennes continentales ont été remplacées par l’Euro depuis plus de 10 ans. L’intégration des économies faibles de l’Europe du Sud, à fort niveau d’endettement, met en évidence la nécessité d’une solidarité monétaire au sein de la zone euro en consolidation.

De nouveaux modèles énergétiques émergent à la suite de l’augmentation des émissions de CO2 et sous la pression des mouvements écologistes et de scientifiques inquiets de la lente élévation de la température moyenne planétaire. Cependant, la dérégulation financière initialisée dans les années 1980 a souvent amené les dirigeants de grandes entreprises industrielles à se focaliser excessivement sur le court terme et la valeur actionnariale. L’ignorance et le retard des groupes automobiles européens et américains pour des modèles énergétiques innovants est emblématique de cette philosophie. L’industrie automobile caractéristique du modèle « carbone », née au tout début du 20ème siècle est en train de passer lentement à la propulsion hybride et/ou au tout électrique au 21ème siècle.

La délocalisation massive d’entreprises industrielles vers les pays à bas coût, et notamment l’Asie, a entraîné une hausse du chômage dans la majorité des économies européennes et aux Etats-Unis. On assiste dans les pays développés à une croissance très faible en fort décalage avec les pays émergents.

Le développement des TIC, depuis les processeurs ultra-puissants intégrés à des ordinateurs capables de traiter des millions d’instructions par seconde diffusées sur des réseaux en fibre optique à très haut débit, a révolutionné les pratiques financières et a facilité la création de monnaie virtuelle. Cette dernière, soutenue par des modèles mathématiques sur les produits dérivés, est à l’origine d’une partie des billions de dollars évoqués plus haut. C’est l’usage et le contrôle de ces modèles financiers et des outils (permettant les ordres éclair en millisecondes) qui sont remis en cause actuellement par les autorités de régulation en Europe et aux Etats-Unis.

Le développement de la Toile et des médias sous des formes multiples a favorisé les contre-pouvoirs, que ce soit dans des buts écologiques ou pour promouvoir les droits des minorités qui n’avaient pas ou trop peu la parole. Le développement des réseaux sociaux virtuels transforme les relations entre individus et affecte progressivement les échanges au sein même des entreprises.

Les crises et les mutations évoquées soulignent que la crise actuelle n’est pas simplement économique et financière, mais qu’elle est également technologique et sociétale, ce qui la distingue de la « Grande crise » de 1929. Le modèle global qui émerge semble plus respectueux de l’environnement et orienté à terme vers davantage d’équité dans un monde ou plus de 100 nations émergentes visent un niveau de vie européen. Les crises sont là, mais les ruptures sont les signes d’une transformation multidimensionnelle en profondeur.

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