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VSE 183-184 - Vie et Sciences de l'Entreprise

Editorial

Le numéro 183-184 de VSE ne dérogera pas à la tradition de densité et de diversité thématique qui est la tradition de la revue, puisque ce numéro mêle travaux d’économistes et de gestionnaires, tout autant que de praticiens et d’universitaires. Ce numéro porte aussi la trace de la complexité des temps, puisqu’il y sera aussi bien question de la crise financière, que de la crise climatique.
Karima BOUAISS aborde la réforme de la réglementation prudentielle, de Bâle I (ratio Cooke) à Bâle II (ratio McDonough), en en analysant les conséquences organisationnelles sur le groupe Banque Populaire. L’intérêt de cette étude de cas, conduite en suivant la théorie de l’architecture organisationnelle, est de pointer les effets induits par l’instauration de modèles de notations internes et, tout particulièrement, les effets sur l’allocation des droits décisionnels et sur le système de contrôle interne des individus au sein du groupe mutualiste français. Au moment où les mécanismes de réglementation bancaire sont « scrutés » en détail, l’intérêt d’une telle analyse clinique relève de l’évidence.
Jocelyn HUSSER éclaire la portée de la « théorie de la structuration » pour l’analyse du fonctionnement des organisations et les problèmes rencontrés en l’espèce. L’originalité de cette approche théorique est de pouvoir appréhender aussi bien l’individu que l’organisation, l’institution que l’entrepreneur, ainsi que la formation des routines et la dynamique du changement organisationnel. L’article a également pour ambition de pointer les limites de cette perspective théorique et d’énoncer les démarches connexes susceptibles de présenter une complémentarité.
Dominique Wolff propose une analyse très fouillée de la fonction des normes techniques dans les processus d’innovation. Une des originalités de l’article est de disséquer l’intérêt que les firmes auraient à systématiquement considérer les questions normatives comme des variables stratégiques, au même titre que la recherche ou la veille technologique ; tout en soulignant la sous-exploitation de ce potentiel, en raison d’obstacles tels que la complexité du langage des normes, le coût et le temps nécessaires pour participer à leur conception des normes, autant de facteurs qui contribuent à exclure les PME de ce champ.
Les trois autres articles traitent de problèmes en rapport avec la gestion du changement climatique et l’efficacité énergétique.
De Perthuis et ses co-auteurs mettent en regard les différents outils, réglementaires et économiques, de lutte contre le changement climatique, en présentant leur zone d’efficacité et leur complémentarité. La réglementation est la plus couramment utilisée par les gouvernements, notamment sous forme de normes fixant des limites d’émissions par unité produite ou consommée. Cette approche présente cependant l’inconvénient d’un coût élevé car le régulateur ne connaît que très imparfaitement la distribution des coûts de mise en conformité au sein des entités régulées. C’est pourquoi des outils économiques se répandent dans l’optique de gagner en efficacité. Cette catégorie d’instruments comprend les taxes et les systèmes de permis d’émission échangeables (« marchés de CO2 »), et se caractérise par la tarification de la nuisance environnementale afin de l’internaliser dans le calcul économique du pollueur. L’article présente ces deux types d’instruments et leur utilisation dans le cadre de politiques environnementales et notamment dans la lutte contre le changement climatique.
Stéphane Rouhier donne un éclairage de ces problèmes dans le cadre chinois, en faisant le lien entre la dégradation actuelle de l’environnement et la dépendance massive aux énergies fossiles dans ce pays. Aussi la Chine est-elle le premier émetteur mondial de dioxyde de carbone et la pollution de l’air entraînerait des pertes de PIB allant de 2 à 7 % par an, en fonction des études. Afin de réduire le niveau de la pollution, l’auteur pointe le potentiel d’amélioration des technologies de production électrique. Afin d’illustrer cette perspective, l’article analyse le lien entre diversification, efficacité énergétique dans le secteur électrique et émissions par tête, et démontre que ces émissions sont négativement corrélées à la diversification du mix énergétique et à l’efficacité du secteur électrique.
Enfin, dans un domaine également connexe, Morgan VILLETTE et Patrice GEOFFRON discutent l’efficacité de la coordination européenne en matière de politique énergétique, montrant que la définition de grands objectifs au niveau de l’UE n’est pas suffisante et, même, source d’incohérences. Pour cette démonstration, différents indices originaux sont développés au niveau de la production et de l’approvisionnement électrique, indices qui permettent de comparer les performances des économies européennes au regard de ces grands objectifs en termes énergétiques (soutenabilité, compétitivité, sécurité d’approvisionnement). La portée de ces indices est non seulement de hiérarchiser les économies européennes, mais également d’apprécier le degré d’efficacité de la coopération entre pays européens.

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