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VSE 182 - Vie et Sciences de l'Entreprise - Prix de thèse 2008

Notes de lecture

Le virus B, crise financière et mathématiques
Christian Walter et Michel de Pracontal
Edition du Seuil, 125 pages, 14 €.


On pensait que tout avait été dit et écrit sur les causes et les effets de la crise actuelle. Si elle n’a pas été anticipée, du moins aura-t-elle été analysée ! On craignait également que les milieux politiques et financiers ne se comportent comme si la crise, considérée comme conjoncturelle, allait se régler d‘elle-même, sans réforme profonde du système. L’ouvrage de Ch. Walter et de M. de Pracontal vient opportunément rappeler que les dérives du capitalisme financier sont moins dues à des comportements déviants qu’à un vice profond du système, sa « conception brownienne », qualifiée de « virus B ». Ils retracent l’histoire et exposent les principes du mouvement brownien, selon lequel les fluctuations aléatoires des cours boursiers sont représentées par des modèles limitant systématiquement leur amplitude (le « hasard sage ») et ne rendant pas compte des risques extrêmes (le « hasard sauvage »). L’application la plus connue est celle de la loi normale de Laplace-Gauss, représentée par la fameuse « courbe de Gauss ». Les auteurs préconisent l’application de modèles du type processus de Levy. Ils se livrent, en bons cliniciens, à un diagnostic des principaux modèles de la finance moderne, d’autant plus dérangeant qu’il est particulièrement convaincant. Rédigé dans un style vivant et élégant, l’ouvrage est assorti d’une intéressante bibliographie thématique.


Annales d’Economie Politique 2007-2008
Collectif,
Economica, vol. 55, 2009.


La Société d’Economie Politique (une des plus anciennes sociétés savantes françaises, fondée en 1842) publie les actes de ses dîners-débats de l’année 2007-2008, qui ont accueilli des personnalités de premier plan des milieux politiques et économiques : A. Bienaymé (professeur) s’interroge sur la nouvelle économie ; J. Peyrelevade (ex PDG du Crédit Lyonnais) analyse la crise des subprimes ; Ch. Noyer (gouverneur de la Banque de France) réfléchit sur la stabilité financière internationale ; J.P. Cotis, M. Debonneuil et J. Delpha (commission Attali) montrent comment libérer la croissance ; A. de Romanet présente la Caisse des dépôts qu’il préside ; F. Bourguignon (économiste) met en lumière divers aspects de l’inégalité économique mondiale ; E. Woerth indique comment moderniser l’Etat ; L. Cohen-Tanuggi (avocat international) présente une stratégie européenne pour la mondialisation ; M. Hirsch analyse la réforme des politiques sociales. Par la profondeur des idées échangées sur de grandes questions contemporaines, ces annales constituent une source incomparable d’enrichissement personnel pour un manager éclairé.


L’arrogance de la finance
Henri Bourguinat et Eric Briys
Ed. La Découverte, 2009, 237 pages, 17 €
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L’ouvrage – sous-titré « comment la théorie financière a produit le krach » - retrace, dans un style à la fois nuancé, rigoureux et dépassionné, les dérives du processus d’innovation financière qui ont conduit à la crise actuelle. Il met en lumière les causes profondes du dévoiement des modèles mathématiques de la finance moderne. Il révèle la fragilité de leurs fondements, qui tient notamment à la nature artificielle des hypothèses de « normalité » qui ont été formulées par leurs concepteurs. Ils dévoilent « les petits et les grands arrangements », pris volontairement ou involontairement par ces derniers – dont certains ont reçu les plus hautes distinctions académiques – afin de mieux servir les intérêts des investisseurs et des opérateurs des marchés. Il invite à clarifier et à refonder certaines notions  applicables aux instruments financiers, comme les indicateurs browniens de mesure du risque, les coefficients d’actualisation, les coûts de transaction, les effets volumes-prix des transactions, les effets induits des réglementations… Les deux auteurs sont des enseignants-chercheurs reconnus de la finance de marché, qui ont acquis une longue expérience des salles de marché. Ils montrent de manière convaincante - au-delà de la critique de certains modèles mathématiques - les dangers insoupçonnés d’une approche uniquement positiviste – et donc, insuffisamment constructiviste – de la réalité économique d’aujourd’hui.


Macroéconomie
Gérard Duchêne, Patrick Lenain, Alfred Steinherr
ED. Pearson Education, 2009, 275 pages.


L’ouvrage collectif se présente comme un manuel classique de macroéconomie, avec son architecture en 9 chapitres – traitant notamment de la croissance, du marché du travail, de l’économie monétaire, de la politique budgétaire… -, avec ses nombreux exemples, ses schémas explicatifs, ses exercices corrigés et ses références bibliographiques. Mais, par la mise en perspective des théories, la pénétration des analyses et la pertinence des observations empiriques – dont la présentation est servie par  la clarté du style - l’ouvrage est plus qu’un manuel universitaire; il est aussi un guide apportant des clés de compréhension de la crise économique traversée depuis 2008. Ses auteurs s’interrogent en effet sur les effets de la spéculation financière, l’origine des crises financières, leur impact macroéconomique, leurs modes de prévention et de résolution. Une lecture destinée à ceux qui cherchent à réellement comprendre les raisons de la crise actuelle.


Associations et collectivités territoriales
Jean-David Dreyfus, Hervé Groud, Serge Pugeault (dir.)
L’Harmattan, 2009, 180 pages.


La France compte près d’un million d’associations, dont les trois quarts exercent des activités économiques. Avec un budget consolidé de 47 milliards € (3,7% du PIB) en 2008, le mouvement associatif emploie environ un million de salariés équivalent temps plein (hors bénévoles). Les auteurs (professeurs de droit public) observent qu’un nombre croissant d’associations sont des partenaires des collectivités locales (Conseils régionaux et généraux, communes). Certaines formes de partenariat ne sont pas sans risques juridiques. Elles peuvent constituer des infractions aux réglementations de la fonction publique (mises à dispositions d’employés municipaux), des délégations de services publics, des marchés publics (adjudications, appels d’offres), des aides économiques (subventions, crédits, garanties…), de la concurrence et des prix, des impôts locaux… Les auteurs mettent en lumière ces risques, analysent les contentieux qu’ils engendrent, et proposent un ensemble de mesures visant à les éviter ou à en limiter les effets. L’associatif, un mouvement à la fois familier et méconnu.


La nouvelle philanthropie
Virginie Seghers,
Ed. Autrement, 2009, 267 pages.


La philanthropie recouvre les actes désintéressés (non profit activity) engagés à titre individuel ou collectif au service de l’intérêt général. L’exercice de la philanthropie s’est développé à mesure du repli de l’Etat-Providence ; il diffère sensiblement d’un pays à l’autre, puisqu’il existe 72.000 fondations actives aux Etats-Unis et 12.000 en Suisse, contre environ 2.000 en France. L’ouvrage – présenté sous forme d’entretiens – est organisé en trois parties, consacrées aux «nouveaux philanthro-capitalistes », aux intermédiaires, puis aux philosophes (disciples de Marcel Mauss) et aux experts de la philanthropie. Les entretiens mettent en lumière la diversité des objets (aide sociale, protection de l’environnement, projets culturels…), des leviers (cadre juridique, avantage fiscal, culture du don…), des acteurs (donateurs individuels, familles, entreprises, collecteurs de fonds, gestionnaires de patrimoines, associations, consultants…), des  statuts juridiques (fondations reconnues d’utilité publique, fondation abritée, dotation de fonds…) et des techniques principalement anglo-saxonnes (venture philanthropy, fund raising, micro-crédit, project management…). L’ouvrage révèle l’ampleur de ce nouveau champ  du capitalisme social.

Economie politique de la corruption et de la gouvernance
Jean Cartier-Bresson
Ed. L’Harmattan, 2009, 273 pages, 22,50 €.


L’auteur (professeur d’économie à l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines) analyse les diverses formes de corruption et de mauvaise gouvernance qui se sont développées dans le monde depuis deux décennies, marquées notamment, en 1992, par l’opération « mains propres » en Italie, par un programme de lutte anti-corruption lancé en 1996 par la Banque Mondiale, et par la convention signée en 1997 par les pays de l’OCDE, visant à réprimer la corruption des agents publics. L’ouvrage définit clairement les notions de corruption et de mauvaise gouvernance, retrace l’historique du phénomène, expose les multiples problèmes qu’il soulève, et présente les moyens mis en œuvre pour en limiter les effets. La corruption – sous ses formes passive et active (respectivement, la demande et l’offre de « pots-de-vin ») – permet au corrupteur de passer d’un marché encadré et aléatoire, à un marché libre mais certain (assorti cependant dans certains pays d’un risque de sanction). La réforme de la gouvernance des transactions commerciales se heurte toutefois au profond enracinement des pratiques de patronage, de clientélisme et de néo-corporatisme, ainsi qu’aux divergences politiques, économiques et culturelles entre pays riches et pauvres. Les concepts et les modèles mobilisés par l’auteur pour expliquer ces pratiques, puisent dans les courants les plus modernes des théories des jeux, de la régulation, de l’information, des coûts de transaction, de la négociation… Une lecture stimulante par la richesse des idées développées et par l’ampleur des actions à engager pour les faire triompher.


Intelligence économique et prise de décision dans les PME
Véronique Coggia
L’Harmattan, 2009, 123 pages.


Le livre de V. Coggia (X, HEC), sous-titré « le défi de l’adaptation des procédés d’Intelligence Economique (IE) aux particularités culturelles des petites entreprises », mérite l’attention des entrepreneurs et des managers de PME. Si les pratiques d’IE et les processus décisionnels ont déjà fait l’objet de multiples études appliquées aux grands groupes, elles ont été plus rarement observées dans les PME, dont la gestion est soumise à un principe de proximité à la fois fonctionnel, hiérarchique, spatial et temporel. Elles sont pourtant exposées à diverses lacunes en matière de collecte des besoins, de formalisation et de circulation des informations. L’étude met en lumière les insuffisances des dispositifs d’IE mis en place en France. La protection des données et la gestion des connaissances y sont notamment négligées. L’auteur fonde son diagnostic sur une enquête en profondeur auprès de plusieurs PMI des Ardennes, formule des propositions concrètes visant à développer l’action des Chambres de Commerce en matière d’IE, et à transformer les pôles de compétitivité en pôles de mobilité.


Prolégomènes - Les choix humains
Henri Hude
Editions Parole et Silence, 2009, 304 pages.


Avec « Prolégomènes - Les choix humains » Henri Hude nous invite à une réflexion qui va directement au noyau dur des choses humaines, des pragmatas. Ces choses humaines que l’on saisit à travers les idées corrélatives d’Absolu et de Vérité.

L’auteur s’adresse aux «  décideurs », c’est-à-dire à tout un chacun, à ceux qui veulent aller à la racine de leurs options, non pour se prélasser dans le mol oreiller des pseudo-scepticismes, mais pour assumer la métaphysique de leurs options et par voie de conséquence les implications pratiques.

Ce « décideur » est ainsi « métaphysicien », en ce sens que « c’est une personne qui affirme Dieu, ou l’absolu, au sens le plus large, sans exclusion d’aucune conception et en particulier, sans exclusion de telle ou telle conception de l’Absolu tenue pour moins religieuse » (p 17).

Le point de départ assuré de tout le cheminement que nous propose H. Hude est qu’il y a doute et soupçon authentiquement critiques car fondés sur la vérité et la bonté du vrai et du bien et donc ouverts à l’être et à Dieu (p 278). Par touches successives, la position réaliste est dessinée avec un trait ferme ; ce réalisme philosophique qui comprend la convertibilité des notions d’être et de bien.

Si la pensée humaine comporte un doute comme esprit critique il ne s’épuise pas dans les formules les plus communes du doute : «  Le doute a place dans la raison, même s’il est ruineux d’en abuser, en ne lui donnant pas toute sa place ». (p 77).

Les choix qui s’imposent portent successivement sur la vérité puis sur l’absolu, sur Dieu. Radicalement, deux grandes conceptions possibles se présentent à l’esprit : réaliste/théiste et idéaliste/panthéiste. Avec une érudition judicieusement mobilisée l’auteur fait se contraster ces deux conceptions et indique les réalisations concrètes ou comment cerner au plus près les notions éthico-sociales essentielles : la tolérance, la dignité humaine, l’amitié, la démocratie.
L’auteur montre nettement comment le pseudo-scepticisme est l’obstacle, fatal et multiforme, à la recherche du vrai. Ses formules sont recensées, ce qui donne l’occasion de mettre à jour les causes du scepticisme. On remarquera l’efficacité du procédé pédagogique dans leur énonciation :

1.    « Je ne suis qu’un débutant »
2.    « Il faut être tolérant »
3.    « A chacun sa vérité »
4.    « Tout est subjectif »
5.    « Toute vérité est provisoire »
6.    « Nous n’atteignons que des phénomènes »
7.    « Tout est relatif »
8.    « La vérité est scientifique »
9.    « Je ne sais rien, je cherche »
10.    « L’esprit critique est méfiant »

Le lecteur pourra ainsi comprendre que quelle que soit sa préoccupation il trouvera son point d’entrée pour surmonter ses doutes, ses appréhensions, ses soupçons dans la recherche de la vérité. Mais il se trouvera toujours, quelle que soit sa connaturalité avec l’une ou l’autre des formules, en face de toutes avec le sentiment d’avoir cheminé dans l’unité.

Le lecteur pressé pourra commencer par le chapitre IV (Les soupçons pseudo-sceptiques, derniers obstacles à un choix conscient). 15 paragraphes permettent au lecteur de faire son examen de conscience philosophique et traquer (sans scrupule excessif) les obstacles intérieurs et extérieurs pouvant l’empêcher d’accéder à la liberté.

Toutefois le lecteur se rendra vite compte que la presse n’empêchera pas de revenir au cheminement que l’auteur propose et que l’on refait avec le plaisir accompagnant toute opération de l’esprit achevé.

Au terme de la lecture de cet ouvrage on se prend à imaginer que le moment où l’on commence à s’essayer de penser les choses humaines aurait été plus surélevé avec ce guide sous les yeux et en main.