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Des politiques industrielles au développement productif : la mutation incontournable

Le développement économique et l’emploi sont au cœur des préoccupations des Français et le rapport Gallois « Pacte pour la compétitivité de l’Industrie Française » diffusé le 5 novembre 2012 n’a fait que souligner la nécessité de renforcer la compétitivité des entreprises françaises en termes de coûts et au moyen d’innovations sources d’avantages concurrentiels. Le débat rebondit car certains se posent la question de l’intérêt du maintien des 71 pôles de compétitivité disséminés sur le territoire national et les DOM.

Les limites des politiques industrielles

La France a mis en place des politiques industrielles audacieuses dans les années 1970 qui ont permis l’émergence de grands projets concernant le nucléaire, le ferroviaire et l’aéronautique. Ces projets ont été et sont des réussites industrielles dont seul le nucléaire est contesté aujourd’hui par une fraction de l’opinion. Cependant les TGV ne constituent plus une innovation et sont concurrencés par des trains chinois ou allemands. Les centrales nucléaires françaises sont en concurrence avec des entreprises étrangères montrant des solutions techniques équivalentes à des coûts qui peuvent être inférieurs. Ces projets ont été le fruit d’une démarche centralisée appuyée avec succès par les grands corps d’ingénieurs et décidée depuis Paris.
La création d’emplois dans un monde concurrentiel peut s’appuyer comme le montre l’exemple allemand sur des TPE et des PME s’insérant dans un tissu industriel territorialisé et pas exclusivement sur des grands projets centralisés pilotés par des états-majors parisiens.

Le développement productif

Le déploiement des pôles de compétitivité fait suite aux « Systèmes Productifs Locaux » soutenus par la DATAR dès les années 1980 puis aux Technopoles dont Sophia Antipolis est le porte-drapeau et des clusters ou « agglomérats d’entreprises » dont le Genopole d’Evry créé en 1998 est un exemple réussi. Certains de ces clusters comme la Cosmetic Valley sont devenus en 2004 des pôles à vocation mondiale. Le développement industriel décentralisé et territorialisé est un moyen original de création d’emplois. Il favorise la création d’entreprises durables et innovantes capables d’affronter la concurrence mondiale. L’émergence et la croissance de ces entreprises ne peuvent se faire que dans le cadre d’écosystèmes favorisant des synergies et créant des chaînes de valeur nouvelles. Les politiques de développement productif nourrissent l’écosystème de ces TPE et PME émergentes et en développement. Cet écosystème a besoin des ressources de R&D universitaires, de l’appui des organismes territoriaux, des financements longs qui devraient être portés par la future banque publique d’investissement. La politique des pôles initiée en 2004 est au carrefour du développement productif qui réunit les univers académiques, entrepreneuriaux et l’accès aux marchés pour les entreprises depuis un socle régionalisé. Cette politique a fait l’objet d’audits commandés par les pouvoirs publics, lesquels en ont mis en relief les points forts ou les faiblesses.

La politique des pôles doit-elle être repensée et réorientée ?

On peut recenser parmi les critiques concernant l’écosystème des pôles de compétitivité les points suivants :

Il y aurait beaucoup trop de pôles :

Les 71 pôles existants correspondent à des entités labellisées car ils avaient les caractéristiques pour y prétendre lors de l’appel d’offres de 2004, ce qui n’exclut pas des évolutions de leur feuille de route et un renforcement de l’orientation vers les marchés. Réduire les pôles français à une quinzaine d’entités c’est revenir à un processus centralisé favorisant les grandes entreprises et quelques régions. L’investissement de l’Etat sur 7 ans est de 1,25 milliard €. Ce montant est modeste par rapport au crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises qui pourrait s’élever à 20 milliards € sur 3 ans.

Les grappes d’entreprises ou clusters font-ils concurrence aux pôles ? :

Les grappes labellisées ne répondent pas aux critères spécifiques de la qualification pour les pôles mais lorsque ces grappes se développent elles peuvent alors devenir des pôles ou fusionner avec les pôles existants. Par définition, toutes les formes de grappes ou clusters sont évolutives comme les pôles. Les grappes sont a priori complémentaires des pôles. Le clivage entre grappes et pôles est typiquement français car le monde entier utilise le mot « cluster » qui correspond à des regroupements plus ou moins matures d’entreprises sur des thématiques particulières. Selon le stade de développement de ces clusters et le niveau d’intervention des Etats concernés, ceux-ci constituent des grappes ou des ensembles voisins des pôles de compétitivité à la Française.

Les pôles sont très orientés vers la R&D :

Les travaux du cercle de réflexion « Futuris » au début des années 2000 ont montré l’intérêt de créer un maillage territorial de pôles en s’appuyant sur l’investissement public dans les structures de recherche et d’enseignement localisées dans les territoires. Le développement des pôles a été conçu comme devant s’appuyer sur un stock de travaux et d’éléments de propriété intellectuelle, sources de produits futurs, d’où la nécessité d’engager une forte démarche de R&D qui doit maintenant être convertie plus fortement en produits et services.
Doit-on renforcer l’orientation des pôles vers le marché ?

Il apparaît clairement que si l’ADN des pôles à leur origine mentionnait la mise sur le marché des produits et services innovants, cette orientation mérite d’être renforcée. Les insuffisances notées concernant le recours au design et la réflexion sur de nouveaux modèles d’affaires correspondent aux lacunes du système universitaire français sur ces sujets jusqu’à une date récente. Les retours d’investissement sont faibles car les pôles sont récents, à peine 7 ans d’existence, et la mise en place d’organisations complexes en réseau requiert du temps pour produire de la connaissance actionnable et la convertir en produits et services commercialisables.

Faut-il accroître l’implication des grandes entreprises ?

L’implication des grandes entreprises est forte dans les pôles mondialisés et moindre dans les autres. L’objectif des pôles est de faire émerger des entreprises dont certaines accéderont à la bourse NYSEEuronext pour les PME et ETI d’ici 10 ans et pour quelques-unes au CAC 40 d’ici 10 à 20 ans. La présence des grandes entreprises n’est pas une fin en soi. Les grandes entreprises peuvent également participer à la croissance des PME en intégrant le pacte PME et en respectant les délais légaux de paiement (33 % ne le feraient pas). Elles pourraient participer dans un acte citoyen au portage accéléré de ces PME vers les marchés internationaux en croissance.

L’avenir : renforcer la décentralisation et le développement des écosystèmes territorialisés

Le modèle des politiques industrielles centralisé a montré son efficacité dans les années 1970-2000 pour soutenir le développement de l’économie française, mais il ne répond plus aux besoins du pays en termes d’emplois. Le modèle territorialisé formé par les grappes et les pôles répond en partie au besoin de création d’emplois.
Ce modèle permet en outre de créer les entreprises qui seront les championnes des années 2020 et 2030. L’exemple allemand montre que l’entrepreneuriat doit être intégré à la culture nationale pour soutenir et accélérer le développement des petites et moyennes entreprises. C’est dans les régions directement intéressées au développement de ces entreprises que le soutien à celles-ci doit être apporté dans une relation de proximité. Le modèle américain montre que les Etats et les collectivités de ces Etats soutiennent des milliers de clusters qui participent à la richesse du pays.
L’exercice en France concerne le désapprentissage du centralisme pour les uns et la mise en pratique d’une décentralisation source de création de richesses et d’emplois en région pour les autres. Refuser la décentralisation, les clusters et les pôles de compétitivité, c’est se condamner à la stagnation et à la récession. Le développement productif localisé est incontournable.

De Courcelle-Seneuil à Williamson, un même amour pour l’économie et la gestion

Avant toute chose, je souhaiterais porter à l’attention de nos lecteurs que Vie & Sciences de l’Entreprise vient d’entrer dans la liste des revues AERES (octobre 2012) pour le domaine économie – gestion, utilisée pour le critère des chercheurs ‘produisants’.

Le 19 octobre dernier, Oliver Williamson, prix Nobel d’économie 2009, venait à Paris pour recevoir le doctorat honoris causa de l’université Paris-Dauphine. A l’occasion de cette cérémonie, des chercheurs internationaux présentaient l’influence de ses travaux tant en économie qu’en gestion. Brian Silverman, professeur de stratégie de l’université de Toronto, montrait ainsi la portée des deux principaux ouvrages de Williamson : Markets and Hierarchies (1975) et The Economic Institutions of Capitalism (1985). La proportion d’articles publiés dans le Strategic Management Journal citant l’un de ces deux ouvrages culmine par période jusqu’à près de 30 %. Cette proportion observée en stratégie d’entreprise est sans égale dans les autres champs disciplinaires (économie, comportement organisationnel...). Williamson incarne, à travers ses publications (dans American Economic Review, Journal of Economic Literature, Administrative Science Quarterly ou Strategic Management Journal...), l’idéal d’un chercheur qui a su faire dialoguer l’économie et la gestion en éclairant le fonctionnement des entreprises sur des questions très variées : l’organigramme, l’intégration verticale, les fusions, les franchises, les investissements directs à l’étranger... Il serait probablement difficile de mieux incarner la ligne éditoriale de VSE !!!

Evoquant ses années d’étude à Carnegie, entouré de chercheurs prestigieux aux profils variés (Herbert Simon, Franco Modigliani, Merton Miller, Robert Lucas, John Muth, James March, Richard Cyert...), si stimulantes intellectuellement, Oliver Williamson rappela, ce 19 octobre dernier, « Although interdisciplinary social science has made important strides since, such programs are still the exception rather than the rule ».

Afin de contribuer, modestement, à cette œuvre, nous avons le plaisir dans chaque numéro de proposer des articles de chercheurs d’horizons variés sélectionnés avec rigueur par des chercheurs de leur champ (évaluation en double aveugle). Ce numéro double (191-192) réunit, ainsi, des contributions en histoire de la pensée économique (et peut-être même en histoire de la pensée gestionnaire ?), en finance d’entreprise, en marketing, en éthique, en économie de l’innovation, en stratégie...

En écho au titre de cet éditorial, il me semble intéressant de mettre en regard Oliver Williamson et Jean-Gustave Courcelle-Seneuil. Si le premier est au sommet de la reconnaissance académique, on serait bien en peine de citer des manuels d’initiation à la gestion qui citeraient le second, aux côtés d’Henri Fayol ou de Frederick Taylor. C’est tout le mérite de Luc  MARCO que d’exhumer dans cet article l’un des pères fondateurs du management. Considérons par exemple, la question de l’enseignement. Courcelle-Seneuil, comme Fayol, considère qu’il est nécessaire de former les jeunes générations à la gestion. Il considère qu’il doit l’être par des personnes qui ont créé ou dirigé auparavant des firmes industrielles et commerciales, car : « voyez-vous un jeune professeur, studieux et fier des prix nombreux qu’il a remportés, mettre sa robe et sa toque, puis exposer doctoralement de quelle manière on doit gérer une entreprise industrielle, indiquer en langage irréprochable les difficultés que l’on rencontre dans les affaires et les moyens de les surmonter ? Autant vaudrait qu’après avoir lu un traité de natation il vînt gravement enseigner quels mouvements il faut exécuter pour bien nager, pour plonger ou faire la planche ! » (1892, p. 494). Alors que Fayol (1926, p. 18) affirme « dans les écoles supérieures, les professeurs sauront bien composer leurs cours le jour où l’administration fera partie de leur enseignement ». On voit combien le débat est d’actualité et combien il eut été dommage de se priver de cette pensée d’avant-garde pour comprendre, par exemple, l’hétérogénéité de l’enseignement de la gestion aujourd’hui (université, IAE, école de commerce...). La contribution de Courcelle-Seneuil à l’économie est peut-être encore plus importante, si l’on observe avec Luc  MARCO que le « chapitre de Schumpeter consacré à la destruction créatrice reprend plusieurs éléments qui se trouvent déjà dans le Manuel des Affaires de Courcelle-Seneuil ». Williamson et Courcelle-Seneuil représentent deux destins très différents : d’un côté, l’enseignant-chercheur, de l’autre le touche-à-tout (avocat, industriel, conseiller d’état, professeur...). Mais ils représentent une même façon de concevoir inextricablement l’économie et la gestion.

Prolongeant l’analyse des difficultés de financement des entrepreneurs de Courcelle-Seneuil, Michal ZAJAC étudie les critères de sélection employés par deux capital-risqueurs français. Il montre qu’au-delà d’une analyse technique pour laquelle de très nombreux critères existent, les capital-risqueurs accordent une grande importance à des aspects sociaux (crédibilité de la source du flux d’affaires, jugement des tiers...). Michal ZAJAC s’interroge sur « Comment plaire à un capital-risqueur en quelques secondes », ce à quoi Sophie POMMET proposait un intéressant contre-point dans le précédent numéro en interrogeant l’impact du capital-investissement sur la performance des entreprises françaises.

Parce que VSE s’intéresse tant à l’histoire qu’à l’avenir, Maria MERCANTI-GUERIN et Laurent FLORES nous présentent des outils émergeants promis à un bel avenir : les webanalytics. Il s’agit de technologies qui permettent de recueillir des données retraçant la navigation des internautes. Grâce à diverses technologies (fichiers logs, tags...), les sites de commerce en ligne peuvent affiner leur analyse concurrentielle. Leur analyse du site de la Fnac présente un heureux complément à ce même cas étudié par Christophe BEZES dans le précédent numéro à travers la problématique de congruence d’une enseigne de distribution multicanal.

Enfin VSE vous propose la traduction de l’article de Jennie JOHNSON et Thomas COYLE de l’université du Texas, publié dans l’International Journal of Strategic Decision Sciences. Cette revue avec laquelle nous avons noué un partenariat vient d’ailleurs d’entrer elle aussi dans la liste des revues AERES précédemment évoquée. En approfondissant l’intention d’agir de façon éthique, et en insistant sur la question de la mesure, ses auteurs nous offrent une introduction intéressante au numéro thématique. Face à des comportements éthiquement discutables (pollution des rivières, multiplication d’emballages inutiles...), les dirigeants peuvent perpétuer leurs agissements « parce que tout le monde le fait », « parce que tout le monde s'en moque », « parce qu'il n'y a pas de mal à le faire », « s'il n'y a pas de règle qui s'y oppose »... ou au contraire rompre « du fait des conséquences négatives potentielles » ou « parce que ce n'est pas bien ». Cet angle éthique entre très bien en résonnance avec l’approche en termes de motivations des entrepreneurs éco-innovants proposée par Allala BEN HADJ YOUSSEF et Mariem DZIRI.

Ce numéro thématique est consacré à l’innovation et l’environnement. Sur cette question aujourd’hui cruciale, Florent PRATLONG et Stéphane ROBIN ont réuni des contributions de chercheurs variés : doctorants, maîtres de conférences, professeurs ; économistes et gestionnaires ; français et étrangers... Vous trouverez dans leur article une présentation éclairante de cette problématique et des contributions du numéro thématique.

Environmental innovation: a concise review of the literature

Abstract:

The importance of environmental innovation or "eco-innovation" has become well recognized in the innovation literature. The present survey proposes a review of the most prominent contributions in the field. The review of the theoretical works suggests that the definition of eco-innovation is still evolving, although recent definitions all tend to be based on environmental performance rather than on environmental aim. The review of the empirical research indicates that, besides conventional technology-pushed and demand-pulled factors, environmental policy has a strong impact on eco-innovation. This is mostly a result of eco-innovation sharing some of the characteristics of a public good. We also consider some issues that remain to be explored, such as the diffusion of eco-innovation. If it is as beneficial as expected, a better grasp of its adoption mechanisms is still required.

Résumé :

L'importance de l'innovation environnementale (ou "éco-innovation") est maintenant bien établie dans la communauté des chercheurs travaillant sur l'innovation. Ce survol de la littérature passe en revue les contributions les plus importantes dans ce domaine. Les travaux théoriques suggèrent que, si le concept d'éco-innovation n'est pas encore complètement stabilisé, les définitions récentes tendent à se baser sur la performance environnementale plutôt que sur un objectif environnemental défini a priori. Les travaux empiriques indiquent qu'à côté des déterminants usuels de l'innovation, la politique de l'environnement a un fort impact sur l'éco-innovation. Ceci est lié à la nature même de l'éco-innovation, qui présente certaines des caractéristiques d'un "bien public". Nous examinons également certains aspects encore peu explorés de l'innovation environnementale, et en particulier sa diffusion. Si l'éco-innovation est aussi bénéfique qu'on le prétend, alors une meilleure compréhension de ses mécanismes de diffusion est nécessaire.

Introduction au numéro spécial : « Innovation et Environnement »

L’innovation apparaît aujourd’hui comme le principal moteur de la croissance économique, non seulement dans les économies « basées sur la connaissance » mais aussi dans les économies « émergentes ». Au niveau de l’entreprise, l’innovation apparaît comme le moyen de s’adapter et de survivre dans un monde économique changeant où la concurrence est exacerbée. Toutefois, la croissance économique des sociétés contemporaines doit s’inscrire dans le cadre d’un développement durable, soutenable dans le long terme. Cet impératif conduit l’entreprise moderne à se montrer « citoyenne » et « socialement responsable » notamment en matière d’environnement. La notion d’innovation environnementale (ou « éco-innovation »)  a émergé à l’intersection de ces deux problématiques. Elle doit en effet permettre de conjuguer exigences de développement économique (gains de productivité, performance, croissance) d’une part et exigences environnementales (préservation des ressources naturelles et réduction de la pollution, en particulier) d’autre part.

Dans un article fondateur (coécrit en 1995 avec Claas Van der Linde), Michael Porter a été le premier à formuler l’hypothèse selon laquelle une règlementation environnementale stricte peut encourager la mise en place d’innovations qui aident à accroître la compétitivité des entreprises. L’idée sous-jacente est que cette règlementation stricte favorise la découverte et l’introduction de nouvelles technologies « propres » ou « vertes », ainsi que l’amélioration du processus de production, le rendant plus favorable à l’environnement. Ces technologies et cette amélioration du processus de production permettent également de réduire les coûts de production, ce qui peut permettre de surcompenser l’investissement initial induit par le respect de la nouvelle règlementation.

L’idée a, depuis, rencontré un certain succès mais fait encore l’objet de controverses. A l’heure actuelle, les frontières de l’innovation environnementale restent à préciser, et la notion elle-même demeure difficile à mesurer et à quantifier. Parmi les efforts de définition les plus récents figure celui élaboré par René Kemp et Peter Pearson dans le rapport final du projet « Measuring Eco-Innovation », réalisé dans le cadre du 6ème PCRD européen : « L’éco-innovation est la production, l’assimilation ou l’exploitation d’un produit, d’un procédé de production, d’un service, ou d’un outil managérial qui est nouveau pour l’organisation qui le développe ou l’adopte, et qui conduit, tout au long de son cycle de vie, à la réduction des risques environnementaux, de la pollution, et des autres impacts négatifs de l’utilisation de ressources (y compris de l’énergie) comparativement à d’autres alternatives pertinentes » (p.7, nous traduisons). En ce qui concerne la mesure de l’éco-innovation, des auteurs comme René Kemp et Anthony Arundel proposaient dès 1998 une série d’indicateurs possibles, mais il a fallu attendre la période récente pour que de tels indicateurs statistiques soient réellement mis en œuvre dans le cadre de grandes enquêtes nationales ou supranationales (l’Enquête Communautaire sur l’Innovation de 2008 en est un parfait exemple).

Le regard de l’économiste : portée et limites de l’innovation environnementale

Résumé :

L’innovation environnementale qui dépasse le seul domaine de l’innovation des éco-industries connaît à l’heure actuelle un développement considérable. Pourtant ses effets sur la pression environnementale restent encore limités par la persistance d’ « effets rebond », liés la rétroaction exercée par l’amélioration de l’efficience dans l’utilisation des ressources sur leur consommation globale. L’innovation a d’autre part tendance à augmenter la pression sur l’environnement, par le développement des pratiques d’obsolescence programmée, notamment dans les NTIC, dont l’utilisation requiert de plus une forte consommation d’énergie. Les différents canaux par lesquels l’innovation environnementale pourra aboutir à une croissance verte passent par des innovations technologiques, mais aussi par des changements de comportements et d’attitudes qui devraient s’auto-renforcer. Les outils disponibles pour promouvoir l’innovation environnementale sont nombreux : réglementations, taxes et subventions, marché des droits à polluer, mais leur combinaison contribue à brouiller les signaux prix alors qu’il faudrait parvenir à déterminer un prix du carbone évité unique pour guider les choix des technologiques environnementales.

Abstract:

Environmental innovation, which field is larger than the innovation of eco-industries, enjoys recently an impressive development. Nevertheless it doesn’t entail significant decrease in the pressure on environmental resources, since the rise in resource efficiency has a feedback effect on its use, according to the « rebound effect ». Innovation moreover tends to increase environmental pressure through planned obsolescence, mainly in Information and Telecommunication Technologies (ITC). Different channels are available to promote environmental innovation, through technological innovation but also through use and attitudes changes, which will be self-enforcing. Many Policy tools are available to promote environmental innovation, regulation, tax and subsidies, cap and trade systems, but their combination leads to disparities in the carbon avoided price while economic theory requires a unique carbon price in order to guide environmental technique choice.

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